M'ho suppli, kristenienn, da brestan ho silanz
Da zelaou ur c'hantik a zo a gonsekanz :
Buhez ur feumeulenn am euz antreprenet
Da zont da ziskleria aman en brezonek (1).

Holl raned ann dour-dous deut da gonsideri,
Gant ho mouez triomfant bemdez o fredoni,
Pere lavar d'ann holl, er bed antieramant,
En em gonvertisan, eo arru 'r jujamant !

Houma 'zo 'r feumeulenn euz a huël ligne,
Hag a deuz kuitaët noblanz ha kalite ;
Hag a deuz kuitaët noblanz ha kalite,
Wit dont da di hi moereb da vesa ann denved.

Houma 'zo 'r feumeulenn euz a huël ligne,
Hag a gane bemde d'hi denved, er mene ;
Hag a gane bemde d'hi denved, er mene,
Kantikou d'ar Werc'hes, en enor da Zoue.

Ur marc'heger iaouank, o tont euz ann arme,
Hen euz klewet hi mouez o kanan er mene,
Ma 'n euz pedet he baotr da vont da gomz out-hi,
Na wit goud piou a oa 'r giz-ze o fredoni.

- Demad, merc'hik iaouank, meurbet e kanet ge !
Na eo ket c'hui a dle bout gant ann denved-ze.
Duhont war ann hent-braz ' zo 'r marc'heger iaouank,
Hen euz klewet ho mouez ken kaer, ken ravisant ;

Hen euz lavaret d'in donet beteg aman,
Un dezir braz hen euz 'teufac'h da gomz gant-han ;
Ma mestr 'zo un den brao, hen euz aour hag arc'hant,
Kement a blij d'ez-han a ve rentet kontant. -

- Ho ! salv-ho-kraz, aotro, ho adres a zo mad,
Ha koulskoude n'eo ket henvel euz ho tillad ;
Ho tillad a zo brao, manifik alaouret,
C'hui a zeblant beza un trompler ar merc'hed.

'Wit on d' vezan el lann o vesan ann denved,
Me n'an ket evel-se da c'heul ar C'hallaoued ;
Ewit-on da veza el lann o fredoni,
Me n'an ket evel-se da c'heul tremenidi. -

- Salut d'ac'h, ma mestrik, ma beaj a zo bet
Un tammik hirvouduz, prompt ez on refuzet :
Honnont 'zo ur plac'h fur, promptamant gant ur ger
'Deuz ma rentet kontant, ha digasset d'ar ger :

- Wit-on d' veza el lann o vesa ma denved,
Me na 'z ann ket, 'mez-hi, da c'heul ar C'hallaoued !
Ewit-on da veza el lann o fredoni,
Me n'an ket evel-se da c'heul tremenidi. -

- Gallaoued ho deuz diouar, koulz ha tremenidi,
Mont a rann ma hunann ewit parlant gant-hi. -
- Demad d'ac'h, merc'h iaouank; roguz braz a komzet,
Ewit beza el lann mesaëres-denved.

Digasset 'm boa unann ewit komz diouzoc'h,
M'ho euz respontet rust, hen digasset d'ar ger ;
Taolet pled, merc'h iaouank: ann dewez a vrema,
Me em gavo ganec'h pa zonjfet neubeuta. -

II

Me 'well arru el lann daou gavalier o tont ;
Pell-braz a zo ma oa ma c'halon endann spont ;
Me well arru ann heur ma vinn-me distruzet,
Met war ma ine paour n'ho deuz pouar a-bed !

Monet a rann brema wat bennou ma daoulinn ,
D' laret ma chapeled devota ma hallinn ;
Jezuz am euz choazet ewit ma redemptor,
Jezuz am euz choazet ewit ma c'hurator. -

- Distroët, merc'h iaouank, distroët a galon,
N'euz forz pegen soignuz ez oc'h en orezon -
- Jezuz am euz choazet ewit ma redemptor,
Jezuz am euz choazet ewit ma c'hurator. -

Kasset a oa d'al lez, wit bout interrojet,
Da c'houd a be-lec'h oa, hag a be-lec'h deuet.
Lavaret a ra d'he, hep ober komplimant,
Piou lareur ann-ez-hi, neuze soudenn vatant :

- Merc'h 'on d'ur ministr braz, zo mestr war al lezenn,
Elizak oa he hano, pa oa er bed o reen ;
Merc'h Elizak 'on zur, n'hen dizanzavann ket,
Wit servija Doue am euz-han kuitaët. -

Taolet a oe er stank, na beteg hi diou-lez ;
Kana a ree eno evel ur rouanes.
Met un dewez a oe, oa gwelet o tiskenn,
Viziblamant d'ar bopl, uz d'ez-hi, ur goulm-wenn.....

Pa welaz ann aotro penaos na varwe ket,
'Teuaz da c'hourc'hemenn 'vije 'r stank dizec'het ;
Hag hen o c 'hourc'hemenn da dizec'han ar stank,
Ma oe taolet 'n he doull da debri d'ur serpant !

Taolet oe en un toull ken tefall hag ar glaou,
En pe-lec'h na wele sklezrijenn na goulaou.... .
Nep a welje Marc'harit en daou-benn hi frizon
Nag o essa tec'hel diarok ann dragon ! .....

Met en noz-ma en tan hen deuz bet hi lonket,
Ha dre volonte Doue he vouellou 'zo freuzet ! .
Digwezout 'rez da dut dont da dremen dre 'r plaz,
Na pa oa Marc'harit o ambrasi hi c'hroaz.

Hag ez iejont buhap da anons ar c'hezlou
D'ar ger a Vrelidi, lec'h ma oa ann aotrou.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Hogenn ann aotro-ma, pini na grede ket,
A zigassaz daou den euz he di da welet.
Pa welaz ann aotro penaoz na varwe ket,
'Chourc'hemenaz neuze ma vije dibennet.

Arru war ar chafot ma vije dibennet,
Un anterheur amzer en graz ' deuz goulennet ;
Goulenn a ra en graz un anter-heur amzer
Ewit goulenn pardon ewit hi zri barner.

- Oh ! ia zur, Marc'harit, m' ho peed, ma fardonet,
Rag ewit-on, kredet, me n'ho tibenninn ket. -
- Salv-ho-kraz, micherour, na vanket ket da ze,
Rag c'hui ez eo ann or etre Doue ha me ! -

Ha na oa ket hi gir gant-hi peurlavaret,
Daou el ann ef war 'r chafot a zo bet diskennet :
- Allon eta Marc'harit, Marc'harit, kourajet,
Rag arru eo ann heur ma vefet kurunet ! -

Ha na oa ket ar gir gant-han peurlavaret
Hi c'hurunenn war hi skoaz a zo kerkent koezet ;
Hi c'huruuenn euz traon a goezaz war hi skoa,
Viziblament d'ar bopl 'z ia da gomerret joa !



Le sujet

SAINTE MARGUERITE.


Je vous prie, chrétiens, de me prêter votre silence
Et d'écouter un cantique qui est de conséquence ;
C'est la vie d'une femme que j'ai entrepris
D'exposer ici en breton.

Considérez tous les grenouilles d'eau douce,
Chantant tous les jours avec leurs voix triomphantes,
Et disant à tous, dans le monde entier,
De se convertir, que le jugement arrive !

Celle-ci est une femme de haute lignée,
Qui a quitté noblesse et qualité ;
Elle a quitté noblesse et qualité,
Pour venir chez sa tante garder les moutons.

Celle-ci est une femme de haute lignée,
Qui chaque jour chantait à ses moutons, dans la montagne ;
Chaque jour elle chantait à ses moutons, dans la montagne,
Des cantiques en l'honneur de Dieu et de la Sainte-Vierge.

Un jeune cavalier qui revenait de l'armée,
A entendu sa voix chantant dans la montagne,
Et il a dit à son garçon d'aller lui parler,
Pour savoir qui chantait de la sorte.

- Bonjour, jeune fille, qui chantez si gaîment !
Ce n'est pas vous qui devriez être avec ces moutons.
Là-bas, sur la grande route, il y a un jeune cavalier,
Qui a entendu votre voix, si belle, si ravissante ;

Et il m'a dit de venir jusqu'ici,
Car il désire beaucoup que vous veniez lui parler.
Mon maître est un bel homme, qui a de l'or et de l'argent,
Et il sait rendre contents ceux qui lui plaisent.

- Sauf votre grâce, monsieur, votre adresse est bonne,
Et pourtant elle ne ressemble pas à vos habits;
Vos habits sont beaux, magnifiquement dorés,
Et vous, vous semblez être un enjôleur de filles.

Pour être sur la lande à garder les montons,
Je ne vais pas ainsi à la suite des Français ;
Pour être sur la lande à chanter,
Je ne vais pas ainsi à la suite des passants. -

- Salut, à vous, mon maître, ma démarche a été
Un peu désagréable, j'ai été promptement repoussé :
C'est une honnête fille, et avec une seule parole
Elle a su me contenter et me faire retourner sur mes pas : -

- Pour être sur la lande à garder mes moutons,
Je ne vais pas, dit-elle, à la suite des Français !
Pour être sur la lande à chanter,
Je ne vais pas ainsi à la suite des passants. -

- Les Français ont des jambes et les passants aussi,
Et je vais moi-même lui parler. -
- Bonjour, jeune fille ; vous parlez de façon fort arrogante,
Pour une fille qui garde les moutons sur la lande !

J'avais envoyé quelqu'un pour vous parler,
Et vous lui avez répondu impertinemment, vous l'avez congédié;
Rappelez-vous bien, jeune fille, le jour d'aujourd'hui,
Vous me reverrez, quand vous y songerez le moins !.. ... -

II

- Je vois venir par la lande deux cavaliers ;
Depuis longtemps mon cœur était dans l'appréhension ;
Je vois venir l'heure où je serai mise à mort :
Mais sur ma pauvre âme ils n'ont aucun pouvoir !

Je vais me mettre à genoux
Pour réciter mon chapelet, le plus dévotement que je pourrai;
J'ai choisi Jésus pour mon rédempteur,
J'ai choisi Jésus pour mon protecteur. -

- Détournez-vous, jeune fille, détournez vous de bon cour,
Quelqu'attentive que vous soyez à votre prière. -
- J'ai choisi Dieu pour mon rédempteur,
J'ai choisi Dieu pour mon protecteur. -

Elle fut conduite à la cour, pour être interrogée,
Pour savoir d'où elle était et d'où elle était venue.
Elle leur dit, sans hésiter,
Comment on l'appelait, sur le champ :

- Je suis fille d'un grand ministre, maître de la loi,
Son nom était Elizac, quand il vivait :
Oui, je suis la fille d'Elizac, je ne le cache point,
Et je l'ai quitté pour servir Dieu..... -

Elle fut plongée dans un étang, jusqu'aux hanches ;
Elle y chantait comme une reine.
Mais un jour on vit descendre.
Visible au peuple, une colombe blanche vers elle. .. . .

Quand le seigneur vit qu'elle ne mourait point,
Il donna l'ordre de dessécher l'étang ;
Il donna l'ordre de dessécher l'étang,
Et on la jeta dans la caverne d'un serpent, pour être dévorée !

Elle fut jetée dans une caverne, noire comme du charbon,
Où elle ne voyait aucune lumière.....
Il fallait voir Marguerite courant d'un bout à l'autre de la prison,
Pour essayer d'éviter le dragon !

Mais cette nuit il l'a dévorée, au milieu du feu,
Et, par la volonté de Dieu, ses entrailles ont été déchirées !
Il se trouva du mande à passer par là ,
Au moment ou Marguerite embrassait sa croix.

Et, vite, ils allèrent annoncer la nouvelle
Au village de Brelidi (2), où demeurait le seigneur.
. . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . .

Mais ce seigneur, qui n'y croyait pas,
Envoya deux hommes de sa maison pour s'en assurer.
Quand le seigneur vit qu'elle ne mourait pas,
Il donna l'ordre de la décapiter.

Arrivée sur l'échafaud, pour être décapitée,
Elle a demandé une demi-heure de temps ;
Elle demande une demi-heure de temps,
Pour implorer pardon pour ses trois juges.

- Oh ! oui certainement, Marguerite, pardonnez-moi, je vous prie,
Car pour moi, je ne vous décapiterai pas ! -
- Sauf votre grâce, artisan, ne manquez pas de le faire,
Car vous êtes la porte entre Dieu et moi ! -

A peine avait-elle prononcé ces mots,
Que deux anges sont descendus du ciel sur l'échafaud
- Allons ! Marguerite, Marguerite, courage !
Car voici l'heure où vous devez être couronnée ! -

Et à peine l'ange avait prononcé ces mots,
Que sa couronne (celle de Marguerite) est tombée sur son épaule;
Sa couronne descendit sur son épaule,
Signe visible pour le peuple qu'elle allait jouir de la joie !


(1) Ce premier couplet m'a tout l'air d'une formule moderne appliquée à une vieille chanson, un de ces lieux communs qu'on rencontre fréquemment dans les productions contemporaines.

(2) Il existe une commune de Brelidi entre Bégar et Pontrieux. 0n y voit
les ruines d'un vieux château nommé Kastell-Brelidi, fameux dans les traditions locales. Je ne sais s'il existe quelque corrélation entre ce château et ce chant légendaire, qui me parait ancien.
Il y a des lacunes et des obscurités dans cette pièce et la précédente. Je
n'ai pas essayé de les faire disparaître.



VARIANTES.
Une autre version, recueillie par-delà la forêt de Koat-an-noz, donne ainsi
la seconde partie de ce gwerz :

Kroget ez eo en-hi, hag hi zaolet er stank.....
Houman a gan ano evel en ur gouant.
Holl lapouzidigou ann ef, p'int tremenet,
Margodik o kanan ho deveuz bet klewet :

Hag ez ia ar re-ma da laret d'ann aotro
Penaoz na eo ket c'hoas Marc'haridik maro :
Nemet pa dremenent ebars ar mene glaz,
'Welent Marc'harldik o saludi ar groaz.

Hag ez ia ar re-ma da laret d'ann aotro
Penaoz na eo ket c'hoas Marc'haridik maro.
Ha pa well ann aotro penaoz na varfe ket,
He ordrenaz neuze m' vije 'r stank dizec'het.

Ma ordrenaz neuze da dizec'han ar stank,
M'eo taolet Marc'harit en he doull d'ar serpant
Nemet ar sarpant, 'vel ma 'z eo d'ez-han taolet,
Marc'haridik raktal hen euz-han bet lonket !

Met pa ' zeu brud un dez ar serpant a greuvaz ;
Marc'harit dre he gein ann ez-han a zeuaz :
Marc'harit dre he gein ann ez-han 'zo zavet,
En ur gana laouenn, hag hep kaout drouk a-bed.

Ha pa well ann aotro penaoz na varwe ket.
He ordrenaz neuze ma vije dibennet. ...
Un anter-heur amzer a deuz bet goulennet,
Un el dimeuz ann ef a zo bet diskennet. -

- Kendalc'het, Marc'harit, kendalc'het mad bepred,
Eman ho kurunenn bars ar baradoz gret ! -
Gret a eo hi froses ewit bout dibennet,
Nemet hini ann-he na eveuz bet kredet.....

- Deut d'ann traon, Marc'harit, al lec'h-se, pa garfet,
Rag 'wit-on, Marc'harit, me n'ho tibenninn ket ! -
- A-rabad d'ac'h, 'me-z-hi, mankout da ober-ze,
Rag c'hui eo 'nn or breman etre Jezuz ha me ! -
On l'a prise et on l'a jetée dans l'étang....
Mais elle y chante comme dans un couvent.
Les petits oiseaux du ciel, en passant,
Ont entendu Marguerite qui chantait :

Et ils vont dire au seigneur
Que Marguerite n'est pas encore morte,
Et qu'en passant dans la montagne verte.
Ils l'ont vue qui saluait la croix.

Ils vont dire au seigneur
Que Marguerite n'est pas encore morte.
Et le seigneur, voyant qu'elle ne mourait pas,
Ordonna de dessécher l'étang,

Il ordonna de dessécher l'étang,
Et on jette Marguerite dans la caverne du serpent.
Et le serpent, aussitôt qu'on la lui a jetée,
A avalé Marguerite !

Mais un jour, le bruit s'en répandit, et le serpent creva,
Et Marguerite en sortit par son dos :
Marguerite en sortit par son dos,
En chantant gaîment, et sans avoir éprouvé de mal.

Et le seigneur, voyant qu'elle ne mourait pas,
Donna alors l'ordre de la decapiter.....
Elle a demandé une demi-heure de temps.
Et un ange est descendu du ciel.

- Persévérez, Marguerite, persévérez toujours,
Votre couronne est toute prête dans le paradis ! -
On lui fit son procès, pour être décapitée,
Mais aucun d'eux n'a osé.....

- Descendez, Marguerite, descendez de là quand vous voudrez,
Car pour moi, Marguerite, je ne vous décollerai point ! -
- Il ne faut pas, dit-elle, manquer de le faire,
Car vous êtes maintenant la porte entre Jésus et moi ! -


Dans plusieurs églises de nos campagnes bretonnes on voit sainte Marguerite figurée sur un serpent ou dragon.

Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel
Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Luzel a recueilli les paroles de cette version auprès d'une servante, au bourg de Pleubihan, en 1864.
Air recueilli par Duhamel auprès de Menguy et Léon, de Carhaix