I

Juluan 'zo un den vaillant,
A ligne nobl ha puisant,
Ez ia un de, hep lakad mar,
Da draon ar c'hoad da chaseal.

En traon ar c'hoad pa arruaz,
Ul loenik rouz a rankontraz,
Ul loenik rouz, pewar zroad-gwenn,
Ha daou gorn zavet war he benn.

- Juluan, lares-te d'in-me,
Ewit petra am c'heuilles-te ?
Ewit petra am c'heuilles-te,
Mar n'eo ewit kaout ma buhe ?

Mar am lazes, te a lazo
Da dad ha da vamm war un dro ;
Te lazo da vamm ha da dad,
Ho daou, er memeuz gwelead ! -

- Me gouitafe kentoc'h ma bro
Ewit ma teufenn d'ho lazo ;
Kouitad ma bro ha ma c'hartier,
Mont da di 'r prinz da zervijer ! -

II

Ur prinz a oa hag hen karre,
Evel unan he vugale,
Hag ar prinz-ze hen dimezaz
D'un dimezell euz un ti braz.

Gouarner 'n he di laket a oe,
Ha kabitenn war he arme.....
Neuze tad ha mamm Juluan,
Pell-zo en hirvoud hag en poan,

Skuiz-braz dre ar vro o vale,
O klask klewet euz he zoare,
En toull ar porz pa arrujont,
Un itron-gaer a zaludlont.

- Daou denik koz ha deread,
Pelec'h oc'h bet ken divezad !
- O klask ur mab hon euz kollet
Ha Juluan ez eo hanwet. -

- Deportet ho taou, deut en ti,
Ganin-me a lojfet fete ;
Ma friet n'ema ket er ger,
Et eo en un tammik afer. -

Pa doa roët d'he da goania,
Ho lak' 'n ur gwele ar gwella.... .
Juluan pa 'z arru ar ger.
A oa tentet gant Lusufer ;

Roët d'ez-han d' gredi parfet
Ez oa ur pez-fall he bried
Bars en he gambr pa antreaz,
Daou den 'n he wele a welaz :

Hag hen o kommer he gleze,
Ho lazan ho daou 'n he wele.
War ar pave pa ziskennaz,
He bried paour a rankontraz :

- Ma fried paour d'in-me laret,
Piou en ho kwele 'c'h euz laket ?
Piop en ho kwele 'c'h euz laket,
Me 'sonje oa c'hui 'm boa lazet ? -

- Ho tad hag ho mamm, Juluan,
Pell-zo en hirvoud hag en poan,
Skuiz-braz dre ar vro o vale,
O klask klewet euz ho toare. -

- Itron Varia ar Folgoat !
Al loen hen doa d'in laret mad,
E lazjenn ma mamm ha ma zad,
Ho daou er memeuz gwelead !

Dalet breman ann alc'houeou,
Ha taolet ewez ar madou ;
Me ia brema d' rivier Jourdenn,
D'ober d'am zorfed pinijenn. -

- Ma fried paour antreit enn ti,
Ma lakafomp ho interri ;
Lec'h m' iel' unan, iefomp hon daou,
Evel ma 'z omp gwir briejou ! -


Le sujet

SAINT-JULIEN.


I
Julien est un homme vaillant,
De lignée noble et puissante,
Qui va un jour, cela est certain,
Chasser au bas de la forêt.

En arrivant au bas de la forêt,
Il rencontra une bête rousse ;
Une bête rousse, avec quatre pattes blanches,
Et deux cornes sur la tête.

Julien, dis-moi
Pourquoi tu me poursuis?
Pourquoi me poursuis-tu,
Si ce n'est pour m'ôter la vie -?

Si tu me tues, tu tueras toi-même
Ton père et ta mère ensemble ;
Tu tueras ton père et ta mère
Tous les deux dans le même lit !

Je quitterai mon pays,
Plutôt que de m'exposer à les tuer ;
Je quitterai mon pays et mon quartier,
Et j'irai servir chez un prince !

II
Il y avait un prince qui l'aimait,
Comme un de ses enfants,
Et ce prince-là le maria
A une demoiselle de grande maison.

Il le fit gouverneur de sa maison,
Et lui donna le commandement de son amure. . ...
Alors le père et la mère de Julien,
Depuis longtemps dans la désolation et le chagrin,

Fatigués de courir du pays,
Cherchant partout de ses nouvelles,
Arrivèrent à la porte de la cour (du palais),
Et saluèrent une belle dame.

- Vieillards respectables,
D'où revenez-vous, si tard -?
- Nous cherchions notre fils, que nous avons perdu ;
Il se nomme Julien. -

- Arrêtez-vous, entrez dans la maison ,
Car vous logerez chez moi aujourd'hui ;
Mon mari n'est pas à la maison,
Il est allé à une petite affaire. -

Après leur avoir fait servir à souper,
Elle les fit coucher dans un lit excellent. . . . .
Quand Julien arriva à la maison,
Il était possédé par Lucifer ;

On lui avait donné à croire
Que sa femme lui était infidèle.
En entrant dans sa chambre,
Il vit deux personnes dans son lit.

Il saisit aussitôt une épée,
Et les tua tous les deux dans le lit !
Puis il descendit sur le pavé,
Et rencontra sa femme.

- Ma pauvre femme, dites-moi,
Qui avez-vous mis dans votre lit ?
Qui avez-vous mis dans votre lit,
Je croyais vous avoir tuée? -

- Votre père et votre mère, Julien,
Depuis longtemps dans la désolation et le chagrin,
Et fatigués de courir du pays,
Cherchant partout de vos nouvelles !

- O Notre-Dame du Folgoat !
La bête m'avait bien dit
Que je tuerais mon père et ma mère,
Tous les deux dans le même lit !

Tenez, prenez les clefs,
Et administrez nos biens ;
Moi, je vais maintenant à la rivière du Jourdain ,
Pour faire pénitence de mon crime.

Mon pauvre mari, entrez dans la maison ,
Et faisons-les enterrer ;
Où ira un de nous, nous irons tous les deux,
Comme nous sommes de vrais époux !

Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868

Luzel a recueilli les paroles de cette version "sur la lisière de la foret de Koat-ann-noz" ; air recueilli par Duhamel auprès de Marguerite Philippe, de Pluzunet