I

Baron Huët a lavare
Da Rosmadek, un dez a oe :
- Eomp-ni hon daou d'ann oferenn,
Wit torri ar gwall-blanedenn. -

'N aotro Rosmadek a lare
Da varon Huët en de-se :
- Et d'ann ofern nep a garo,
Eomp-ni da c'hoari 'r c'hlezeio !

Eomp-ni da c'hoari 'r c'hlezeio,
Ann nep a gollo a gollo :
Ann nep a gollo a gollo,
Nep a c'honeo, 'c'honeo ! -

Na ter-heur anter ez int bet
'C'hoari ar c'hleze ar fleuret ;
'Benn ma oa peder heur zonet,
Baron Huët a oa lazet.

Baron Huët a lavare
Da Willaou 'r Belek en de-se :
- Et-c'hui d'ar ger, Gwillaou 'r Belek,
Ha kasset gant-oc'h ma ronsed :

Ha laret 'vinn et da Baris,
'Wit saludin ar roue Loïz,
Prenet ganin un inkane,
Kalonik ma marc'h 'oa re-ge. -

II

Ar Varones a lavare
Euz frennestr hi c'hambr en de-se :
- Petra newez 'zu en ti-ma,
Ma kreen ma c'hastel er giz-ma?

Petra zu 'n ti a neweïo,
Ma kreen ma c'hastel krec'h-a-traon ? -
Ur vates vihan 'oa en ti
Pell-amzer zo o serviji,

Hag a lavaras d'hi mestres :
- Un dra bennak 'zo a newez,
Me well o tont Gwillaou 'r Belek,
Ma mestr ar Baron n'welann ket. -

Ar Varones, vel ma klewas,
Gant ar vinz d'ann traon 'ziskennas;
Gant 'r vinz d'ann traon eo diskennet,
Da Willaou 'r Belek deuz laret :

- Gwillaou 'r Belek, d'in me laret,
Ho mestr 'r Baron pelec'h eo et ?
Gwillaou ar Belek 'lavaras
D'ar Varones, vel m'hi c'hlewas :

- Ma mestr a zo et da Baris,
Da saludin ar roue Loïz,
Prenet gant-han un inkane,
Kalonik he varc'h 'oa re-ge. -

Ar Varones a lavare
Da Willaou 'r Belek, p'hen klewe :
- Gwillaou 'r Belek, mar am c'haret,
Ar wirionez d'in a larfet;

Laret-c'hui d'in ar wirionez,
Me breno d'ac'h 'n habit-newez;
'N habit-newez gant passamant,
A vo brao da un den iaouank. -

Gwillaou 'r Belek a lavaras
D'ar Varones, 'vel m'hi c'hlewas :
- Itron Varia ann Drindet,
Nac'h a ous-oc'h na hellann ket :

Nac'h a ous-oc'h na hellann ket
Ma mestr ar Baron ' zo lazet;
Ma mestr ar Baron ' zo lazet,
Na gant ann trubart Rosmadek ! -

Ar Varones, vel ma klewas,
Ter gwes d'ann douar a gouezaz;
Ter gwes d'ann douar eo kouezet,
'R Baron iaouauk 'n euz hi zavet ;

- Tawet, ma mamm, na oelet ket,
Revanj ma zad n' vo ket kollet ;
Mar chomann-me da dont en oad,
Me 'mo revanj maro ma zad ! -

III

Ar Baron iaouank a lare
Da Willaou 'r Belek un dez oe :
- Tennet ma c'hezek 'ar marchosi,
Laket war-n-he tapisiri ;

Laket war-n-he tapisiri,
Monet hep dale a fell d'in,
Monet hep dale a fell d'in
Da welet Rosmadek d'he di. -

Ar Baron iaouank a lare
En maner Derleu p'arrue :
- Demad ha joa holl en ti-ma,
Ar Rosmadek pelec'h ema? -

Rosmadek evel ma klewas
He benn er frennestr a voutas;
He benn er frennestr 'n euz boutet,
D'ar Baron iaouank 'n euz laret :

- Et-c'hui d'ar ger, ma Baron mad,
Ken a vefet arru en oad,
Rag truez vraz 've, a gavan,
Ho lemel a vuhez breman ! -

Ar baron iaouank a laras
Da Rosmadek, vel ma klewas :
- Eomp da c'hoari 'r c'hlezeïo
Pe me lakaï 'n tan 'n es holl vado,

A weli 'n-ez-he o leski,
Ha te 'vo dewet koulz ha hi ! -

Ar Rosmadek, pa 'n euz klewet,
Gant 'r vinz d'ann traon zo diskennet ;
Gant 'r vinz d'ann traon eo diskennet
Da c'hoari 'r c'hleze int bet et.

Diou-heur hag anter ez int het
O c'hoari 'r c'hleze ar fleuret ;
O c'hoari 'r c'hleze ar fleuret,
Rosmadek a zo bet lazet.

IV

Pa 'z ee ar Baron gant ar ru,
A krene ann dut en daou-du;
'Krene ann dut en daou goste :
- Hema 'oar c'hoari ar c'hleze ! -

Ar Baron iaouank a lare
Er ger d'he vamm, pa arrue :
- Dalet, ma mamm, kleze ma zad,
Me 'm euz-han gwalc'het en he wad !

Me 'm euz laket he benn d'ann traon,
D'ar vugale d' c'hoari c'hillaou !
Laret 'm oa d'ac'h, assuret mad,
'M bije revanch maro ma zad ! -(1)
I

Le baron Huët disait
Un jour à Rosmadec :
- Allons tous les deux à la messe
Pour conjurer le mauvais sort. -

Le seigneur de Rosmadec disait
Au baron Huët, ce jour-là :
- Aille à la messe qui voudra,
Pour nous, allons jouer de l'épée !

Pour nous, allons jouer de l'épée,
Et celui qui perdra, perdra;
Celui qui perdra, perdra,
Et celui qui gagnera, gagnera ! -

Trois heures et demie ils ont été
A jouer de l'épée et du fleuret;
Et quand sonnèrent les quatre heures,
Le baron Huët était tué

Le baron Huët disait
A Guillaume Le Bélec, ce jour-là
- Retournez à la maison, Guillaume Le Bélec,
Et emmenez mes chevaux :

Et dites que je suis allé à Paris,
Pour saluer le roi Louis,
Et que j'ai acheté une nouvelle haquenée.
Le petit coeur de mon cheval était trop gai. -

II

La Baronne disait,
A la fenêtre de sa chambre, ce jour-là
- Qu'y a-t-il de nouveau dans cette maison,
Que le château tremble de la sorte? -

Quelles nouvelles dans la maison,
Que le château tremble de fond en comble? -
Une petite servante était dans la maison,
Et y servait depuis longtemps,

Et elle dit à sa maîtresse :
- Il y a quelque chose de nouveau,
Je vois revenir Guillaume Le Bélec,
Et je ne vois pas le Baron mon maître. -

La Baronne, dès qu'elle l'entendit,
Descendit l'escalier tournant;
Elle est descendue par l'escalier tournant
Et a dit à Guillaume Le Bélec :

- Guillaume Le Bélec, dites-moi,
Votre maître le Baron, où est-il allé ? -
Guillaume Le Bélec répondit
A la Baronne, sitôt qu'il l'entendit

- Mon maître est allé à Paris,
Pour saluer le roi Louis,
Et il a acheté une haquenée,
Le petit coeur de son cheval était trop gai. -

La Baronne répondit
A Guillaume Le Bélec, quand elle l'entendit :
- Guillaume Le Bélec, si vous m'aimez,
Vous me direz la vérité;

Dites-moi la vérité,
Et je vous achèterai un habit neuf,
Un habit neuf, avec passements,
Qui sera beau pour un jeune homme.

Guillaume Le Bélec répondit
A la Baronne, sitôt qu'il l'entendit :
- Notre-Dame Marie de la Trinité,
Je ne puis pas vous le nier !

Je ne puis pas vous le nier,
Le Baron mon maître a été tué;
Le Baron mon maître a été tué
Par le traître Rosmadec ! -

Quand la Baronne entendit cela,
Elle tomba trois fois à terre;
Trois fois à terre elle est tombée,
Le jeune Baron l'a relevée :

- Consolez-vous, ma mère, ne pleurez pas,
La vengeance de mon père ne sera pas perdue ;
Si je vis, quand je serai en âge,
Moi, je vengerai la mort de mon père ! -

III

Le jeune Baron disait
Ce jour-là à Guillaume Le Bélec :
- Sortez mes chevaux de l'écurie,
Et mettez dessus des tapis;

Mettez dessus des tapis,
Car je veux aller sans retard,
Je veux aller sans retard
Rendre visite à Rosmadec, chez lui. -

Le jeune Baron disait,
En arrivant au manoir de Derleu :
- Bonjour et joie à tous dans cette maison,
Rosmadec où est-il ? -

Rosmadec, sitôt qu'il entendit,
Mit la tête à la fenêtre;
Il a mis la tête à la fenêtre,
Et a dit au jeune baron :

- Retournez à la maison, mon bon Baron,
Jusqu'à ce que vous soyez venu en âge,
Car je trouve que ce serait grande pitié
De vous ôter la vie à présent ! -

Le jeune Baron répondit
A Rosmadec, sitôt qu'il l'entendit :
- Allons jouer de l'épée,
Ou je mettrai le feu à tous tes biens,

Et tu verras tout brûler,
Et toi-même tu seras rôti en même temps ! -

Rosmadec, à ces mots,
Descendit l'escalier tournant;
Il descendit l'escalier tournant,
Et ils allèrent jouer de l'épée.

Deux heures et demie ils ont été
A jouer de l'épée et du fleuret;
A jouer de l'épée et du fleuret,
Rosmadec a été tué.

IV

Quand le Baron allait par la rue,
Les gens tremblaient des deux côtés;
Les gens tremblaient des deux côtés :
- C'est celui-ci qui sait jouer de l'épée ! -

Le jeune baron disait
A sa mère, en arrivant à la maison :
- Tenez, ma mère, voici l'épée de mon père,
Je l'ai lavée dans son sang !

J'ai mis sa tête à bas,
Pour servir aux enfants de boule à jouer aux quilles !
Je vous avais dit et assuré
Que je vengerais la mort de mon père ! -


Le sujet

Voir la traduction

Notes de Luzel
(1) La famille de Rosmadec tient une large et honorable place dans l'histoire de Bretagne, à différents titres. Je ne suis pas en mesure de dé-terminer à quel personnage de cette illustre famille se rapporte cette ballade d'une allure si fière.
Le baron Huët de la seconde version ne me semble pas être le véritable nom ; ce doit être une altération, quoique je l'aie trouvé dans la bouche de plusieurs chanteurs.
Dans les Instructions du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, rédigées en 1853, par M. Ampère, je trouve, dans la pièce intitulée Monsieur de Bois-Gilles, une situation qui a quelque analogie avec celle de notre jeune Baron tirant vengeance de la mort de son père :

Achevant ces paroles,
Le combat s'engagit.

Bois-Gilles en tua trente,
Mais son épée faillit.

Il appela son page;
- Petit Jean, mon ami !

Va-t'en dire à ma femme
Qu'ell' n'a plus de mari.

Va dire à la nourrice
Qu'elle ait soin du petit :

Et qu'il tire vengeance
Un jour de ces gens-ci ! -

Achevant ces paroles,
Bois-Gilles rendit l'esprit !



Source

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Chanté par GARANDEL, surnommé compagnon l'aveugle, Keramborgne, 1847.

Maurice Duhamel, dans "Musiques bretonnes", ne donne pas de musique pour cette chanson