Allas ! allas ! marv itron
Maner ar Genkiz-a-Nizon
Me wel evel ar c'houmoul du
A guzh an heol a bep tu.

- Hor mammig paour, pa n'em oc'h mui,
Piv dorro pelloc'h hon naon-ni ?
Piv roy deomp dilhad ha louzoù ?
Piv bareo hor goulioù ?

Adal ar gêr a Gemperle
Betek Nizon ni a ouele,
E bordig an hent daoulinet
Hed peder lev hon eus gouelet

Gouelet hon eus da heul ar c'harr
Zo bet ouzh ho kas d'an douar ;
Gouelet hon eus e-tal ho pez
Gouelañ raimp e-pad hor buhez.

Pebezh kañv, siwazh, er maner
Pebezh kañv er vro, itron ger
Kenavo, hor mamm dous ha mat ;
Perak oc'h-hu deut d'hor c'huitaat ?

- Peorien, peorien geizh, ho taeloù
Zo dreist an holl meuleudioù ;
Koulskoude n'eo ket ret gouelañ
Pa 'mañ hor mamm e-barzh ar joa.

Pa 'mañ gant ar Werc'hez santel,
Gant Jezuz hag an Ebestel
Gant ar Sent hag ar Sentezed,
Gant he div verc'h, gant he fried.

Ar beleg e-tal he gwele
Gant ur vouezh dous a lavare :
«Sent ha sentezed eus an neñv,
Deut da zegemer va ene;

Deut 'ta, ma hellin evit mat
Karout, ganeoc'h, Doue hon Tad,
Er Baradoz da virviken. »
Neuze e teuaz da dremenn.

Tremen he deus graet gant dousder,
Evel o c'hoarzin, hor mamm ger,
Evel m'he defe gwelet dor
Ar Baradoz dezhi digor.

Edo gouel Maria-Garmel
Gouel dudius evit mervel,
Edo abardaez ar gwener,
Deiz bras ma varvas ar Salver.

Tavit 'ta, peorien geizh, tavit,
Na ouelit ket, ma he c'harit
Mat da vediñ a oa an ed
An aelez o deus hen medet.

Ar wezenn gozh a zo pilet,
E dra gant ar Mestr a zo aet,
Koulskoude meur a blant yaouank
A chom war e lerc'h stank-ha-stank.

An evnigoù a c'hello c'hoazh
Neiziañ dindan an delioù glas,
Ha kanañ meuleudi Doue
Na losk evn na den dibourvez.

Leveromp an De profondis
E-tal bez itron ar Genkiz,
Ha ra vo skrivet war he maen:
AMAÑ EMA MAMM AR BEORIEN.

Ar werz zo graet gant ur beleg,
Bet kure e parrez Rieg,
Hag a gare, hag a garo
Da viken an itron varv.

Endra ma chomo e buhez
E lavaro peb mintinvezh
Ur Memento 'vit e vamm gozh ;
Ma' z ay ganti d'ar Baradoz !



Le sujet

Hélas, hélas ! elle est morte, la dame du Plessix-Nizon ! Je vois comme un nuage noir qui cache entièrement le soleil.
- O notre bonne petite mère, quand vous n'êtes plus, qui apaisera notre faim ? nous donnera des vêtements et des remèdes ? Qui guérira nos plaies ?
Depuis la ville de Quimperlé jusqu'à Nizon, nous pleurions ; agenouillés au bord du chemin, pendant quatre lieues nous avons pleuré.
Nous avons pleuré, en suivant la charrette qui vous a conduite à la terre ; nous avons pleuré près de votre tombe, nous pleurerons pendant toute notre vie.
Quel deuil, hélas ! au manoir ! Quel deuil au pays, chère dame ! Adieu, notre mère douce et bonne, pourquoi nous avez-vous quittés ?
- Pauvres, pauvres chéris ! vos pleurs sont au-dessus de toutes les louanges ; mais il ne faut pas pleurer quand notre mère est dans le bonheur ;
Quand elle est avec la sainte Vierge, avec Jésus et les apôtres, avec les saints et les saintes, avec ses deux filles, et son époux.
Le prêtre qui était près de son lit parlait pour elle d'une voix douce :
« Saints et saintes du ciel, venez recevoir mon âme;
« Oh ! venez, afin que je puisse tout de bon aimer, avec vous, Dieu notre père, dans le Paradis, pendant l'éternité. »
C'est à ces mots qu'elle a passé.
Elle a passé doucement, comme en souriant, notre chère mère, comme si elle eût vu la porte du Paradis ouverte devant elle.
C'était la fête de Notre-Dame du Carmel, une belle fête pour mourir ! C'était le soir du vendredi, ce grand jour où mourut le Sauveur.
Cessez donc, chers pauvres, cessez de gémir ; ne pleurez pas, si vous l'aimez ; le blé était mûr, les anges l'ont coupé.
Le vieil arbre est tombé, le Maître a emporté son bien ; mais beaucoup de jeunes rejetons restent après lui très serrés.
Les petits oiseaux pourront encore faire leurs nids sous les feuilles vertes, et chanter les louanges de Dieu qui ne laisse ni l'oiseau, ni l'homme dans le besoin.
Disons le De Profundis près de la tombe de la dame du Plessix, et qu'on écrive sur sa pierre : ICI REPOSE LA MERE DES PAUVRES. -
L'auteur de cette complainte est un prêtre autrefois vicaire de la paroisse de Riec, qui aimait et aimera toujours la dame qui n'est plus.
Tant qu'il vivra, il dira chaque matin un Memento pour sa vieille mère ; puisse-t-il aller la rejoindre dans le Paradis !


Source

Extrait du "Barzhaz Breizh", le premier grand recueil de chansons bretonnes, publié en 1839 par Hersart de la Villemarqué