Da Santez Anna em 'on bet,
Rak war vor emañ ret monet.

- Da Santez Anna,
Da Santez Anna,
Da Santez Anna,
Neb ya Anna
N'ankoua.


Kenavo deoc'h, Kervignagiz,
Dont a rin souden war ma c'hiz.

- Da Zantez Anna, etc.

Me eo a zo ar paotr-levier
Ar Surveillantez, al lestr kaer.

Da Santez Anna, etc.

Hag hen fretet gant kouevr melen,
Splannoc'h hag aour pe argant gwenn.

Ken drant evit un demezal
Hag a ya da ober ur bal.

Na kaerat un dra hen ober ?
Ur c'hanolier da vombarder !

- Kanolerien, sonet ho son,
Ma imp de'i, me ha ma itron.

Sonet, sonerien, sonet ge,
Ma imp de'i bloc'h ma dous ha me !-

Oa ket komz Er Mank peurlaret,
Ar c'hanol en deus tregornet.

Ul lestr saoz a zo erruet,
Ur gwall-vordad deomp n'eus strinket ;

Al lestr gantañ ur banniel ruz,
Ha c'hwezek kanol a-bep tu

- Ma eo daou ha tregont o deus,
Daou ganol ha tregont hon eus.

Hor bordad hon eus-ni losket ;
Betek ar c'hein en deus straket.

- Sturig mad, gra mat da vicher,
Na vez ket amzent d'ar sturier.

Va sturig mat, deomp-ni a-raok
Setu ni hon daou krog-oc'h-krog.

Tregornañ ra ar boledoù
Ar boledoù atav, atav !

C'hwezhiñ ra kovoù al listri
Ar mor tro-war-dro o virviñ.

Kovoù al listri a zigor
Ken a gouezh ar gwernoù er mor.

Ker stank gwelodiennoù er strad
Ha mez er c'hoad goude barrad.

Pevarzek boled rez hon eus bet ;
Pevarzek rez hon eus daskoret.

Abaoe pemp eur eo a denner,
Ha n'eo ket skuizh ar c'hanolier.

Ned eo ket skuizh ar c'hanolier ;
Kennebeut ned eo al levier.

Ar c'habitan ne laran ket
Ar c'habitan zo gwall-aozet.

Ti'et er c'hof, ti'et er jod,
Ti'et en tal gant ur bolod.

Koulskoude emañ 'tav a-raok
En e sav, o reno ar c'hrog.

Na ehan tamm oc'h ober mad,
Evitañ da redek e wad.

E wad a red a-bouladoù !
Kergoualer zo un den mar zo !

War al lestr n'ehan den ebet,
Evitomp holl bout gwall-di'et.

Ti'et omp holl nemet unan
N'her anvan ket er sonenn-mañ.

Pemp troatad dour e don ar c'hal,
Pemp troatad dour, gwad kement-all !

- Kabitan ker, deus, deus ha sell !
Troc'het an dris ; koue'et ar sinel !

Klevez ket ar Saoz o laret :
- O sinel o deus diskennet.

- Diskenn ! diskenn ! oh na rin ket
Keit a vo gwad em wazhied !-

Er Mang a glev, ha' mañ pignet
War ar wern-volosk, en ur red ;

Kreiz ar boledoù, sonn e benn,
A zisplegas ur mouchouer gwenn.

Oh ! ni n'hon eus ket diskennet;
Sevel ar sinel hon eus graet.

Ar Breton na ziskenn nepred;
Yannig-ar-Saoz ne laran ket

Ar c'habitan saoz zo lazhet
'Vel un den mervel en deus graet.

'Vel un den mervel en deus graet ;
Tanet en e roched gwadet.

Tanet lestr ar Saozon ganeomp;
I noazh, o neuial davedomp.

An dud eus a Vrest a youe
0 welet hor listri mont tre.

An holl dud a Vrest a youe,
Nemet ar mammoù paour na re.

Pebezh enor, deomp, Bretoned,
Ar Saozon a zo bet trec'het

Pebezh enor, Kervignagiz,
Galvet eo Er Mank da Bariz.

Da Bariz emañ bet galvet,
Hag ouzh taol ar roue aze'et ;

Taol ar roue, gant ar briñsed
A ra stad ouzh ar Vretoned.

Bet en deus ur vedalenn aour,
Ha lakaet eo da ofisour

Mil bennozh Doue d'ar roue
D'ar roue mil bennozh Doue.

Doue ouzh ar stad na sell ket,
Ar roue na sell kenneubet.

Tudjentil ha tud ar ploue,
Meulomp holl, e Breizh, ar roue.

Ar roue ha Santez Anna,
Mamm-baeronez vat ar vro-mañ

- Da Santez Anna,
Da Santez Anna,
Da Santez Anna,
Neb ya, Anna
N'ankoua




Le sujet

À Sainte-Anne je suis allé, car je vais m'embarquer.

- A Sainte-Anne, à Sainte-Anne, qui va prier à Sainte-Anne, sainte Anne ne l'oublie pas,

Adieu, hommes de Kervignac; je reviendrai bientôt.

A Sainte-Anne, etc.

C'est moi qui suis second pilote à bord de La Surveillante, la belle frégate
Elle est doublée en cuivre jaune, plus brillant qu'or ou qu'argent blanc;
Aussi pimpante qu'une demoiselle qui va danser.
N'est-il pas charmant de danser? un canonnier pour musicien !
- Canonniers, sonnez bien votre air, que nous dansions, moi et ma dame.
Sonnez, sonneurs, sonnez gaiement, que nous y allions rondement ma belle et moi! -
Le Mang n'avait pas fini de parler, que le canon gronda.
Un navire anglais s'approche qui nous lance une bordée terrible;
Le navire portait pavillon rouge, et avait seize canons de chaque côté.
- S'ils ont trente-deux canons, nous en avons trente-deux nous-mêmes. -
Nous lui avons lâché notre bordée; il a craqué jusqu'à la quille.
- Mon petit timon, fais bien ton devoir, ne sois point rebelle au timonier.
En avant, mon bon petit timon, en avant; nous voici bord à bord, aux prises. -
Les boulets tonnent; les boulets tonnent, tonnent coup sur coup!
Les flancs des deux navires suent; la mer bout tout autour.
Les flancs des navires s'ouvrent; les mâts tombent dans la mer.
Il y a plus de poulies sur le pont que de glands dans les bois après un orage.
Nous avons reçu quatorze boulets à fleur d'eau; nous en avons rendu à fleur d'eau quatorze.
Nous tirons depuis cinq heures, et le canonnier n'est pas lassé.
Le canonnier n'est pas lassé, le timonier pas davantage.
Le capitaine, je ne dis pas; le capitaine est si mal mené!
Il est blessé au flanc, et blessé à la joue, et blessé au front d'un coup de feu.
Et pourtant il est toujours sur le gaillard d'arrière debout, dirigeant la manoeuvre.
Il ne cesse pas de faire son devoir, quoique son sang coule.
Son sang coule à grands flots! Kergoaler est un homme, s'il en est!
À bord, personne ne se repose, quoique nous soyons tous dangereusement blessés.
Nous sommes tous blessés, excepté un : je ne le nomme pas dans cette chanson.
Cinq pieds d'eau dans la cale; cinq pieds d'eau; autant de sang!
- Cher commandant, viens, viens et vois ! La drisse a été coupée; le pavillon est tombé!
N'entends-tu pas l'Anglais qui dit : ils ont amené pavillon.
- Amener! amener ! oh! je n'en ferai rien, tant que j'aurai du sang dans les veines ! -
Le Mang entend, il est monté vite dans les haubans d'artimon;
Au milieu des balles, la tête haute, il a déployé un mouchoir blanc.
Oh! nous n'avons point amené; nous avons rehissé le pavillon.
Le Breton n'amène jamais; Jeannot l'Anglais, je ne dis pas!
Le capitaine anglais a été tué; il est mort comme un homme.
Il est mort comme un homme; il a été brûlé dans sa chemise ensanglantée.
Le navire des Anglais a été brûlé par nous; et ils se sont sauvés tout nus, à la nage, vers nous.
Les habitants de Brest poussaient des cris de joie en voyant rentrer nos navires,
Tous les habitants poussaient des cris de joie, tous, excepté les pauvres mères.
Quel honneur pour nous, ô Bretons! nous avons vaincu les Anglais!
Quel honneur pour nous, hommes de Kervignac, le Mang a été mandé à Paris.
Le Mang a été mandé à Paris, et on l'a fait asseoir à la table du roi;
A la table du roi, avec les princes, qui font cas des Bretons.
Et il a reçu une médaille d'or, et il est fait officier.
Mille bénédictions de Dieu au roi! au roi mille bénédictions de Dieu!
Dieu ne regarde pas à la condition; le roi n'y regarde pas non plus.
Nobles et peuple, chantons tous, en Bretagne, les louanges du roi;
Les louanges du roi et de sainte Anne, la bonne marraine de ce pays.

- A Sainte-Anne, à Sainte-Anne, qui va prier à Sainte-Anne, sainte Anne ne l'oublie pas.


Source

Extrait du "Barzhaz Breizh", le premier grand recueil de chansons bretonnes, publié en 1839 par Hersart de la Villemarqué