I
Janet 'r Iudek 'zo dimezell,
Na briz ket nea hi c'hegell,
Met hi gwerzid a ve arc'hant,
Hi c'hegell korn pe olifant.

'Ma Janedik war hi zreuzou,
Hi oc'h ourla mouchouerou,
Deuz ho ourla gant neud arc'hant,
Da c'holo 'r c'haleï hi vo koant.

II
Janet ar Iudek a lare,
'N ti 'nn Ollier koz p'arrue :
- Roët d'in skabell d'azeza,
Serviedenn d'em dic'houeza,

Serviedenn d'em dic'houeza ;
Mar ben merc'h-kaer euz ann ti-ma. -
- Merc'h kaer en ti-ma n' vefet ket,
D'ar studi da Baris eo et. -

P'ee Fulup Ollier d'ann urzou,
Ez ee Janet dre ar parkou :
- Fulup Ollier, distro, d'ar ger.
Beleïenn 'walc'h 'zo en Treger ! -

III
Janet ar ludek a lare
Euz prennestr hi c'hambr, un dez oe :
- Me well 'r c'hloer iaouank 'tont d'ar ger,
Ha belek Fulup Ollier !

Tric'houec'h dous kloarek am euz bet,
Fulup Ollier 'nn naontekvet ;
Fulup Ollier 'nn diweza,
Lakaï ma c'halon da ranna ! -

Fulup Ollier 'lavare
D' Janet 'r Iudek, pa dremene :
- Janet 'r Iudek, mar am c'haret,
D'am ofern genta n' deufet ket ;

'N deufet ket d'am ofern genta,
Lakad rafac'h ann-on da vanka. -
- Bet drouk gant ann nep a garo,
D'ho ofern genta me ielo ;

D'ho ofern genta me ielo,
Ha pewar fistol me brofo,
Wit na laro ket ma broïz :
Janet 'r Iudek 'zo diaviz. -

- Mar karet Janet, n' zeufet ket,
Me a roï d'ec'h pewar c'hant skoed ;
Ma zad he unan ' roïo kant,
Setu 'r gobr mad d'ur plac'h iaouank. -

- N'eo ket d'ho aour na d'ho arc'hant,
D'ec'h, Ollier, eo am euz c'hoant,
Nemet o sonjal beza well
Euz ho amitie, 'rok merwell. -

- Euz ma amitie, tre 'vewinn,
Wit a ze hallet assurin,
Met nann ewit ho eureujin,
Hag eo ma mamm ' zo kiriek d'in. -

IV
P'ee Fulup Ollier d'ann iliz,
Chache Janet war he surpliz :
- Fulup Ollier, distro d'ar ger,
Beleïenn 'walc'h ' zo en Treger !

Pa lare 'r belek : Dominus vobiscum,
Save Janet en hi zao plomm.
Allas! pa ver er goureou,
Kouezaz Janet war hi genaou !

'Gichenn 'l balustro d'ann or dal,
Oe klewet hi c'halon 'strakal.
Ken a c'houlenne ar c'hure
Ha koad ann iliz a strake ?

- Janet 'r Iudek, savet ho penn,
C'hui welo Jesuz 'n oferenn ;
C'hui welo Jesuz selebret
Tre daoudorn ho muia karet ! -

Kasset oe da gambr ann dourrell,
Hag eno chommas da verwell.
Mamm Fulup Ollier 'lare
D'hi mab belek eno neuze :

- Hastet-c'hui buhan monet di,
Ha 'n han' Doue konzolet hi. -
Fulup Ollier a lare
D'he vamm a gomze er giz-se :

- Tarvet, mamm, n'em kaketet ket,
C'hui n' po ket pell ur map belek ;
Hirie oc'h euz ma belegi,
Ha warchoas euz ma interri ! -

Fulup Ollier a lare,
En kambr ann dourrel p'arrue :
- Demad d'ec'h, ma muia karet,
C'hui ' zo o vont diwar ar bed ! -

- Ma vijenn ho muia karet,
N' poa ket gret d'in vel m'ho euz gret ! -

Choucha he benn war hi barlenn,
Merwell eno neuze zoudenn !
Doue d' bardono ann anaon,
Emaint ho daou war ar varwskaon !

Setu-int et er memeuz be,
Pa n'int bet er memeuz gwele :
'R re-se oa gant Doue choaset
Ewit bewa vel daou bried !

Kanet gant Mari-Jab Kado
Kerarborn, 1844.
I
Jeanne Le Iudec est demoiselle
Et ne daigne pas filer sa quenouille,
A moins que son fuseau ne soit d'argent,
Sa quenouille de corne ou d'ivoire.

La petite Jeanne est sur le seuil de sa porte,
Occupée à ourler dès mouchoirs,
A les ourler avec du fil d'argent;
Pour couvrir le calice ils seront charmants.

Jeanne Le Iudec disait,
En arrivant chez le vieux Olivier :
- Donnez-moi escabeau pour m'asseoir,
Et serviette pour essuyer la sueur; (1)

Serviette pour essuyer la sueur,
Si je dois être belle-fille dans cette maison. -
- Belle-fille dans cette maison vous ne serez,
Il est allé étudier à Paris. -

Quand Philippe Olivier allait recevoir les Ordres,
Jeanne le suivait à travers champs :
- Philippe Olivier, retourne à la maison,
Assez de prêtres sont en Tréguier ! -

II
Jeanne Le Iudec disait,
Un jour, de la fenêtre de sa chambre :
- Je vois les Philippe clercs qui reviennent à la maison,
(Avec eux) Philippe Olivier, fait prêtre!

J'ai eu dix-huit amoureux clercs,
Philippe Olivier est le dix-neuvième;
Philippe Olivier, le dernier,
Me brisera le coeur ! -

Philippe Olivier disait
A Jeanne Le Iudec, en passant :
- Jeanne Le Iudec, si vous m'aimez,
Vous ne viendrez pas à ma première messe;

Vous ne viendrez pas à ma première messe,
Car vous me feriez faillir. -
- Le trouve mauvais qui voudra,
J'irai à votre première messe;

J'irai à votre première messe,
Et je ferai offrande de quatre pistoles,
Afin que mes compatriotes ne disent pas :
Jeanne Le Iudec est mal-avisée. -

- Si vous voulez, Jeanne, ne pas venir,
Je vous donnerai quatre cents écus;
Mon père lui-même vous en donnera cent,
Un bon gage pour une jeune fille ! -

- Ce n'est ni votre or ni votre argent,
Mais c'est vous-même, Olivier, que je désire,
Dans l'espoir de me trouver mieux
De votre amitié, avant de mourir. -

De mon amitié, aussi longtemps que je vivrai,
Je puis vous donner l'assurance,
Mais non de vous épouser,
Et c'est ma mère qui en est la cause. -

IV
Quand Philippe Olivier allait à l'église,
Jeanne le tirait par son surplis:
- Philippe Olivier, retourne à la maison,
Assez de prêtres sont en Tréguier ! -

Quand le prêtre disait : Dominus vobiscum!
Jeanne se levait tout droit debout.
Hélas! quand on fut à l'élévation,
Jeanne tomba sur la bouche !

Depuis les balustres (le choeur) jusqu'à la porte principale,
On entendit son coeur éclater,
Si bien que le vicaire demandait
Si c'était la charpente de l'église qui craquait ? -

- Jeanne Le Iudec, levez la tête,
Vous verrez Jésus dans la messe;
Vous verrez Jésus glorifié
Entre les mains de votre bien-aimé ! -

On la porta dans la chambre de la tour,
Et elle resta là mourir.
La mère de Philippe Olivier disait
A son fils prêtre, en ce moment :

Pressez-vous d'y aller,
Et au nom de Dieu, consolez-la. -
Philippe Olivier disait
A sa mère, en l'entendant parler de la sorte :

- Taisez-vous, ma mère, ne me plaisantez pas,
Vous n'aurez pas longtemps un fils prêtre;
Vous célébrez aujourd'hui mon ordination,
Et demain vous serez à m'enterrer ! -

Philippe Olivier disait,
En arrivant dans la chambre de la tour :
- Bonjour à vous, ma plus aimée,
Vous allez sortir de ce monde ! -

- Si j'étais votre plus aimée,
Vous ne m'auriez pas traitée comme vous l'avez fait !

Il appuya sa téte sur ses genoux,
Et mourut là, presqu'aussitôt !
Que Dieu pardonne à leurs âmes,
Ils sont tous les deux sur les tréteaux funèbres!

Ils sont allés dans le même tombeau,
Puisqu'ils n'ont pas été dans un même lit :
Ceux-là étaient choisis par Dieu
Pour vivre (ensemble) comme deux époux !

Chanté par Marie-Josèphe Kerival
Keramborgne, 1848



Le sujet


Voir la traduction

Note de Luzel :

(1) On aura déjà remarqué plusieurs fois cette formule, et on la remarquera encore plus d'une fois dans la suite. C'est là un lieu commun dont nos chanteurs populaires font souvent usage.


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel. Air recueilli auprès de Maryvonne Bouillonnec, Tréguier

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868

Sur le même thème, voir aussi Jenovefa Rustefan dans le Barzaz Breiz