I
Janet 'r Iudek 'zo dimezell,
Na briz ket neza hi c'hegell,
Nemet hi gwerzid ve arc'hant,
Hi c'hegell korn pe olifant.

Janedik 'r Iudek, c'hui a gleo,
Ken melenn hag 'nn aour e ho pleo;
Pa vent melennoc'h un anter,
Na po ket Fulup Ollier.

Et eo d' Wengamp, 'boe diziou,
Na ewit resev ann urzou,
P'oa o tremenn gant he urzou
Oa Janedik war hi zreuzou :

Oa Janedik war hi zreuzou,
Hi oc'h ourla mouchouerou ;
Ha gant-hi tric'houec'h mouchouer,
C'houec'h 'nn ez-he d' Fulup Ollier.

II
Fulup Ollier a lare,
'N ti 'r Iudek koz pa arrue : -
- Demad ha joa holl en ti-ma:
- Ar Iudek koz pelec'h ema? -

Ar Iudek koz a lavaras
D' Fulup Ollier, p'hen klewas:
Petra 'glaskes war-dro d'am zi,
Mar na c'houlennes ket dimi ? -

- Iudek koz, ho pedi a rann,
Da donet d'am ofern gentann,
Ha dont muia ma vo gallet,
Met ho merc'h Janet na deui ket. -

Janedik 'r Iudek a laras,
D' Fulup Ollier, p'hen klewas : -
- Bet-drouk gant ann nep a garo,
D'ho ofern genta me 'ielo ;

D'ho ofern genta me ielo,
Ha pewar fistol a brofo ;
Pewar fistol me a brofo,
Hag un douzenn mouchouero. -

III
Janedik 'r Iudek a lare,
En bered ar ti ur p'arrue : -
- Kompagnunes, d'in-me laret,
Ann ofern nevez zo laret ? -

Ann ofern newez n'eo ket bet,
N'eo ket 'r belek ouit hi laret,
Gant keun d' vraoa plac'h ar vro-man,
M'eo d'ec'h, Janedik, a gredan. -

Fulup Ollier 'tro 'nn asperges,
A Krog Janet en he surplis :
- Fulup Ollier, distreit ouzinn,
Pec'het ho euz, balamour d'inn !

Mamm Fulup Ollier lare
Da Janet 'r Iudek, en de-se;
- Janet 'r Iudek savet ho penn,
C'hui welo Jesuz 'n oferenn;

C'hui welo Jesuz presantet
Tre daoudorn ho muia karet... -
A-gichenn 'nn aoter d'ann or-dal,
Oe klewet kalon Janet 'strakal.

Un' ar c'hureed 'c'houlenne :
- A koad 'nn iliz 'strak er giz-se ? -
- Salv-ho-kraz, aotro, na eo ket,
Janet 'r Iudek zo fatiket ! -

VI
Janedik 'r Iudek a lare
Er ger d'hi zad, pa arrue : -
- Me ha d'am gwele, ha me klan,
Bikenn ann ez-han na zavann ;

Bikenn ann ez-han na zavann,
Ken 'vo ur wes d'am liennan.
Tric'houec'h amourouz kloarek 'm euz bet,
Fulup Ollier ann naontekvet ;

Fulup Ollier ann diweza,
Laka ma c'halon da ranna ! -
Fulup Ollier a lare
Er ger d'he vamm pa arrue :

- Me ha d'am gwele, ha me klan,
Bikenn ann ez-han na zavann :
M'ouifenn bout kaoz d' varo Janet,
Me garie bikenn ofern n'am be laret ! -

'Ma ho c'horfo war ar varwskaon,
Doue d' bardono ann anaon !
Et int ho daou er memeuz be,
Pa n'int bet er memeuz gwele !

Kanet gant Marie-Job Kerival
Kerarborn, 1848.
I
Jeanne Le Iudec est demoiselle,
Et ne daigne pas filer sa quenouille,
Si son fuseau n'est pas d'argent,
Sa quenouille, de corne ou d'ivoire.

- Petite Jeanne Le Iudec, vous l'entendez,
Aussi blonds que l'or sont vos cheveux;
Mais fussent-ils plus blonds de moitié,
Vous n'aurez pas Philippe Olivier.

Il est allé à Guingamp, depuis jeudi
Pour recevoir les Ordres.
Et comme il s'en retournait avec les Ordres,
La petite Jeanne était sur le seuil de sa maison;

La petite Jeanne était sur le seuil,
Occupée à ourler des mouchoirs;
Et avec elle dix-huit mouchoirs,
Dont six pour Philippe Olivier.

II
Philippe Olivier disait,
En arrivant chez le vieux Le Iudec :
- Bonjour et joie à tous dans cette maison,
Le vieux Le Iudec, où est-il? -

- Le vieux Le Iudec répondit
A Philippe Olivier, quand il l'entendit :
- Que cherches-tu autour de ma maison,
Si tu ne veux pas te marier? -

- Vieux Le Iudec, je vous prie
De venir à ma première messe,
Et de venir le plus possible,
Si ce n'est votre fille Jeanne, qui ne viendra pas. -

Jeanne Le Iudec répondit
A Philippe Olivier, quand elle l'entendit :
- Le trouve mauvais qui voudra
J'assisterai a votre première messe

J'assisterai à votre première messe,
Et je ferai mon offrande de quatre pistoles;
Je ferai mon offrande de quatre pistoles,
Et une douzaine de mouchoirs. -

III
La petite Jeanne Le Iudec disait,
En arrivant dans le cimetière du Mur : (1)
- Dites-moi, compagnie,
Si la messe nouvelle est dite? -

- La messe nouvelle n'a pas eu lieu,
Le prêtre ne peut pas la dire,
Avec le regret de la plus jolie fille du pays,
Et c'est vous, petite Jeanne, si je ne me trompe. -

Quand Philippe Olivier faisait le tour de l'asperges,
Jeanne le saisit par son surplis :
- Philippe Olivier, détournez-vous vers moi,
C'est péché â vous, à cause de moi ! -

La mère de Philippe Olivier disait
A Jeanne Le Iudec, ce jour-là :
- Jeanne Le Iudec, levez la tête,
Vous verrez Jésus dans la messe;

Vous verrez Jésus présenté
Entre les mains de votre bien-aimé ! -
Depuis l'autel jusqu'à la porte principale,
On entendait le coeur de Jeanne qui éclatait !

Un des vicaires demandait :
- Est-ce la charpente de l'église qui craque ainsi ? -
- Sauf votre grâce, seigneur, ce n'est pas,
Mais c'est Jeanne Le Iudec, qui s'est évanouie! -

IV
La petite Jeanne Le Iudec disait
A son père, en arrivant à la maison :
- Je vais me mettre au lit, car je suis malade,
Et jamais je ne m'en relèverai ;

Jamais je ne m'en relèverai,
Si ce n'est une fois, pour être mise dans un linceul.
J'ai eu dix-huit amoureux clercs,
Philippe Olivier est le dix-neuvième;

Philippe Olivier, le dernier,
Celui-là me brise le coeur ! -
Philippe Olivier disait
A sa mère, en arrivant à la maison :

- Je vais me mettre au lit, car je suis malade,
Et jamais plus je ne m'en relèverai :
Si je savais être la cause de la mort de Jeanne,
Je voudrais n'avoir jamais célébré la messe! -

Leurs corps sont sur les tréteaux funèbres,
Que Dieu pardonne à leurs âmes!
Ils sont allés tous les deux dans le même tombeau,
Puisqu'ils n'ont pas été dans le même lit !

Chanté par Marie-Josèphe Kerival
Keramborgne - 1848.



Le sujet


Voir la traduction

Note de Luzel :

(1) S'agit-il ici da la commune de Mur, ou de l'ancienne église du mur, à Morlaix ?


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel. Air recueilli auprès de Marie-Jeanne Le Bail, Port-Blanc

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868

Sur le même thème, voir aussi Jenovefa Rustefan dans le Barzaz Breiz