- Pa is kentañ da Bariz, da zeskiñ ar Galleg,
Me na ouien, ma Doue, nemet ma chapeled.

Met bremañ me 'm eus desket, me oar skivañ ha lenn,
Ha kerkoulz hag ar beleg lâret an oferenn;

Me oar kanañ 'n abostol, 'barzh an oferenn-bred,
Ha konsakriñ an ostiv, mar ve din permetet. -

- Laret-c'hwi din, merc'h yaouank, gant piv hoc'h eus desket,
Hoc'h eus desket ar sekred evit gwallañ an ed ?

- Gant ur c'hloarek yaouank a oa en ti ma zad,
Ma c'hase bemnoz gantañ 'vit gwelet ar sabad;

Ma c'hase bemnoz gantañ 'vit gwelet ar sabad,
Hag am eus desket an droug, e-lec'h deskiñ ar vad:

Ha pa arruen eno, na gleven mann ebet,
Nemet kaoz ar sorserien hag ar sorserezed;

Nemet kaoz ar sorserien hag ar sorserezed,
Hag e-lec'h deskiñ ar vad, an droug am eus desket! -

- Laret-c'hwi din, merc'h yaouank, gant piv hoc'h eus desket,
Hoc'h eus desket ar sekred evit gwallañ an ed ?

War-hed seizh lev diouzhoc'h n'eus diwanet tamm ed,
Ha bugel-bihan ganet, hini n'eus badezet?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

- Laret-c'hwi din merc'h yaouank, petra 'zo ret kavet,
Petra zo ret da gavet, evit gwallañ an ed ? -

- Na lagad-kleiz ul mal-bran ha kalon un touseg,
An had dimeus ar raden, noz gouel-Yann dastumet.

Kentañ lakis ma louzoù, da c'houd ha hi oa mat,
Oa 'n ur maezad segall en doa hadet ma zad;

Oa 'n ur maezad segall en doa hadet ma zad,
Hag a oa aet d'hen hadañ triwec'h hanter poellad;

Hag a oa aet d'hen hadañ triwec'h hanter poellad,
Met na eus ket bet ennañ triwec'h skudellad-vat.

Me 'm eus ur c'houfig-bahut e-barzh en ti ma zad,
Ar c'hentañ hen digoro, eñ defo kalonad !

Zo ennañ teir naer-wiber o c'horiñ ur serpant,
Hag a devo ar bed-mañ en holl antieramant.

Mar deu ma loenidigoù da ober bloavez-mat,
A renkont bezañ bevet gant ur boued dilikat:

Na vo ket gant laezh-peutrin eo a vezont bewet,
Ma vo gant ar gwad roïal eus an inosanted;

Ma vo gant ar gwad roïal eus an inosanted,
Kent 'vit monet d'an iliz da vezañ badezet.

Me ouie lazhañ 'r bugel en kornig ar porched,
Prest da resev badeziant, hag ar beleg gwisket. -

- Arsa eta, Janedig, bremañ pa 'z oc'h barnet
Petra 'zo dleet d'ober 'vit na brodufont ket ? -

- O lakaat en kreiz ur park, ober tan 'n dro dezhe,
An douar a zigoro, a lonko anezhe !

Ha me ho ped, mar gret tan, gret ma vezo tan frank,
Mar achap hini 'nezhe, 'tevo ar firmamant!

Mar vijen-me bet chomet c'hoazh ur bloaz en buhez,
Am bije lakaet ar bed da vont war e gostez ! -
- Quand j'allai premièrement à Paris, pour apprendre le français,
Je ne savais, mon Dieu, que mon chapelet.

Mais à présent je suis savante, je sais écrire et lire,
Et, aussi bien que le prêtre, je sais dire la messe

Je sais chanter l'épître, à la grande messe,
Et consacrer l'hostie, si cela m'était permis. -

- Dites-moi, jeune fille, avec qui vous avez appris
Le secret pour jeter un sort sur le blé ! -

- C'est avec un jeune kloarek qui était chez mon père,
Et qui m'emmenait toutes les nuits au sabbat;

Il m'emmenait toutes les nuits au sabbat,
Et j'ai appris le mal au lieu d'apprendre le bien.

Et quand j'arrivais là, je n'entendais rien autre chose
Que la conversation des sorciers et des sorcières;

Que la conversation des sorciers et des sorcières,
Et au lieu d'apprendre le bien, j'ai appris le mal ! - 1

- Dites-moi, jeune fille, avec qui vous avez appris
Le secret pour jeter un sort sur le blé ?

Sept lieues à la ronde, il n'a germé aucun grain,
Et aucun enfant nouveau-né n'a reçu le baptême ? -
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Dites-moi, jeune fille, ce qu'il faut avoir,
Ce qu'il est nécessaire d'avoir pour gâter le blé ? -

- L'oeil gauche d'un corbeau mâle et le coeur d'un crapaud,
Avec de la graine de fougère ramassée la nuit de la St-Jean.

La première fois que j'employai mon sortilège, pour l'éprouver,
Ce fut dans un champ de seigle ensemencé par mon père;

Ce fut dans un champ de seigle ensemencé par mon père,
Et où l'on avait mis dix-huit demi-boisseaux;

On l'avait ensemencé avec dix-huit demi-boisseaux,
Et il ne donna pas dix-huit bonnes écuellées

J'ai chez mon père un petit coffre-baliut,
Et le premier qui l'ouvrira en aura du crève-coeur,

Il y a là trois vipères qui couvent un serpent
Destiné a incendier le monde entier.

Et si mes chères petites bêtes viennent à bien,
Il faudra les nourrir avec une nourriture délicate

Ce n'est pas avec du lait de femme qu'ils seront nourris,
Mais avec le sang royal des innocents;

Ce sera avec le sang royal des innocents,
Avant d'aller à l'église pour recevoir le baptême.

Je savais tuer l'enfant dans un coin du porche,
Au moment d'être baptisé, et le prêtre déjà habillé... -

- Or ça, Jeanne, à présent que vous êtes condamnée,
Que faut-il faire pour qu'ils ne produisent pas ? -

- Les mettre au milieu d'un champ, faire du feu tout autour,
La terre s'entr'ouvrira pour les engloutir!

Mais je vous prie de faire un feu d'enfer,
Car s'il s'en échappe un seul, il incendiera le firmament

Si j'étais restée encore une année en vie,
J'aurais renversé ce monde!...



Le sujet


Voir la traduction


NOTES ET VARIANTES.

Comme l'indique le vers suivant, plusieurs fois répété .

- Arsa eta Janedig, bremañ pa 'z oc'h barnet,

- Or ça, Jeannette, à présent que vous êtes condamnée,

il s'agit très-probablement ici d'une condamnation au bûcher, sur soupçon de sorcellerie, cas très-commun aux quinzième et seizième siècles. Cette ballade est très-répandue dans le pays de Lannion, où j'en ai recueilli plusieurs versions qui toutes concordent assez pour ne pas présenter de différences importantes. Je noterai seulement les suivantes :
Le chef de la famille (an ozac'h Yann), après la conversation curieuse qu'il a eue avec sa fille, en traversant le champ de seigle, dit dans une autre version
- Arsa eta, Janedig, poent eo monet d'ar gêr,
Ha lâret, a wir galon, adieu d'ar pardonioù,
Me wel arru avel, glav, dared ha kurunou ! -

- Or ça donc, Jeannette, il est temps de retourner à la maison,
Et de dire, de bon coeur, adieu aux pardons,
Je vois venir vent, pluie, éclairs et tonnerres !

Puis, devant le procureur fiscal (les chanteurs disent iskar) il s'exprime ainsi :
- Me 'm eus maget ur bugel a oar gwallañ an ed,
Me ho ped, tud ar justiz, da dont d'hi c'homerret.
Me am eus graet ma dever, grit ho hini, mar karet,
Mar karet e profitfet, ha kement 'zo er bet. -

- J'ai nourri une enfant qui sait gâter le blé;
Je vous prie, gens de la justice, de venir la prendre.
J'ai fait mon devoir, faites le vôtre, si vous voulez
Profitez, si vous voulez, vous et tous ceux qui sont au monde !

Le procureur fiscal fait venir la jeune fille devant lui, et lui dit :
- Demat deoc'h, plac'hig yaouank, oadet a driwec'h vloaz,
Gant piv hoc'h eus desket ar sorseraj kentañ ? -
- Ma oa gant ur paotr deñved a oa en ti ma zad;
Vit bezañ ur paotr deñved, hennezh 'oa desket mat.
Am c'hase gantañ bemnoz da welet ar sabad,
Allas ! me a oa yaouauk, hag am eus profitad !
Pa is kentañ da Baris da deskiñ ar galleg...-etc.

- Bonjour à vous, jeune fille âgée de dix-huit ans,
De qui avez-vous appris premièrement la sorcellerie ?
- D'un pâtre de moutons qui était chez mon père
Et pour être pâtre, celui-là était bien instruit.
Il m'emmenait toutes les nuits au sabbat
Hélas ! j'étais jeune, et j'y ai profité.
Quand j'allai d'abord à Paris pour apprendre le francais... etc.


Rapprocher cette ballade de celle contenue dans le Barzaz-Breiz (6è édition), p. 135, sous le titre de Héloïse et Abeilard.


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Luzel a recueilli les paroles de cette version auprès de Marie-Job Kado, en 1849
Air recueilli par Duhamel auprès de Maryvonne Le Flem, Port-Blanc