Demat deoc'h deut e-barzh an ti
Deut da vaner Trezegidi
E roullon la dirida, diridaik
Deut da vaner Trezegidi

"Gaidig Kalvez, sav alese
Ma'c'h imp hon-daou d'al leur nevez

- D'al leur nevez ganeoc'h n'in ket
'N Aotrou Markiz a ve fachet

- Fachet, facho neb a garo
D'al leur nevez ni a yelo

Ma vez sonerien, ni a zañso
Ma ne vez ket ni a gano."

'N Aotrou Markiz a c'houlenne
Gant paotred-saout a dremene

"Na paotred-saout, din-me laret
N'ho peus ket gwelet ur c'hloareg ?

- 'Vidoc'h komz deomp a gloareg
Ni n'ouzomp ket piv a glasket

- Kloareg Lamour 'reer anezhañ
'Peus ket e welet 'vont du-mañ ?

- Yao, aet eo du-se d'al leur nevez
Gaidig Kalvez en e gostez

Dindan he boutoù solioù glas
Vad rei d'ho kalon hi gwelet c'hoazh

- Mard eo aet du-se d'al leur nevez
Bremaik me am bo he vuhez"

"Demat deoc'h holl dud al leur-mañ
Kloareg Lamour pelec'h emañ ?

- Aet eo 'vit bremañ d'ar c'hafe
Gant e vestrez, Gaidig Kalvez"

"Kloareg Lamour me da c'houlenn
Da zont ganin-me da bourmen

- Da bourmen ganeoc'h ned in ket
C'hwi zo markiz ha me n'on ket

- Kamaraded vemp pe ne vemp ket
Da c'houren e ranke donet"

A-boan ma 'z int bet en em groget
Kloareg Lamour zo bet lazhet

"Gaidig Kalvez, deus alese
Te deui da goaniañ ganin-me

- Da goaniañ ganeoc'h ned in ket
Va zervicher ho peus lazhet"

N'oa ket he ger peurachuet
War he c'hloareg kaezh 'voe lazhet !



Le sujet

Le clerc Lamour vient inviter Marguerite Clavez à danser à une fête de l'aire neuve. Elle hésite, craignant le réaction du marquis de Trézéguidy, mais le clerc la convainc
Apprenant la chose, le marquis retrouve les amoureux, tue le clerc, puis Marguerite qui ne veut pas le suivre

Notes des auteurs

Ce gwerz m'a été chanté, le 1er septembre 1889, par Laurent Pennec, de Châteaulin (voir l'air n°40). Le refrain qui y est intercalé n'est pas en rapport avec le sujet tragique.

En faisant la route de Châteaulin à Pleyben, on arrive, à mi-chemin, à un coude très prononcé de la rivière d'Aulne ou de l'Aulne qui coule dans une vallée profonde.

On aperçoit sur la droite et dominant la rivière les ruines d'un ancien château dont le nom a été conservé, non seulement à une ferme voisine, mais à d'autres lieux environnants.

Ainsi l'on trouve sur la rivière le moulin de Trézéguidy. A deux kilomètres au N.-E., c'est le hameau de Quillien-Trézéguidy. On doit en inférer que ces lieux étaient des dépendances d'un domaine important. Ce nom avait, en effet, et a encore aujourd'hui du retentissement dans le pays. Notre archéologue, M. Pol de Courcy, en fait mention dans son "Itinéraire descriptif et historique de Nantes à Brest" ; on y lit, page 306 : "La maison principale de Pleyben était Trézéguidy, terre qui a donné son nom à une puissante famille. Maurice de Trézéguidy, l'un des écuyers du combat des Trente en 1350, capitaine de la Ville de Paris en 1380, portant la bannière du Connétable Du Guesclin aux obsèques qui lui furent faites à Saint-Denis en 1389. Au 16è siècle, la terre de Trézéguidy fut transmise par alliance à Olivier de la Palue, dont la fille Françoise épousa Troilus de Montdragon, mort vers 1543. Jeanne, fille unique des précédents, épousa un Montmorency et le château de Trézéguidy fut abandonné par ses possesseurs".

M. Pol de Courcy ne donne pas la raison de cet abandon. Quel est, d'un autre côté, le marquis incriminé dans ce gwerz ? La tradition n'a laissé aucune indication à ce sujet. On nous a dit que ce chant était fort ancien, mais on ne peut préciser la date. On doit penser qu'il ne remonte pas au delà du siècle dernier, car les premiers établissements dits cafés ne parurent en France, même à Paris, qu'au commencement du 18è siècle. Dans les provinces, et notamment en Bretagne, les cabarets ne prirent guère ce nom qu'au commencement de notre siècle. Le gwerz, basé sur ce fait, ne serait donc pas de l'époque de l'ancien manoir, à moins que la version que nous produisons ne renferme des modifications apportées par le temps dans le chant primitif. Disons enfin que, de l'ancien manoir, il ne reste plus aujourd'hui que quelques pans de murs clôturant les jardins de la nouvelle propriété et l'entrée d'un souterrain bouché, qui, m'a-t'on dit, communiquait avec l'ancien moulin seigneurial, sur la rivière sans doute, pour assurer la défense et le ravitaillement du château. Sur une pierre de la tranche de voûte, on lit encore ces trois lettres M. C. D., millésime de l'an 1400, date qui doit se rapporter au temps de l'ancienne famille de Trézéguidy.


Source

"Kanaouennoù Pobl", chansons recueillies par Alfred Bourgeois dans la deuxième moitié du XIXème siècle ; le recueil a été publié en 1959 à Paris