An deiz kentañ deus a viz du
Tiskennas Saozon a vor du (bis)

A vor du pa int diskennet
Ur plac'hig koant o deus laeret

O deus laeret ur plac'hig koant
'Vit kas gante d'o batimant

Ur plac'hic koant a driwec'h bloaz
Ha 'barzh 'n he c'halon kalz a joa

Ar plac'hig paour-mañ a lare
D'he mamm, d'he zad hag a neuze

" Adeo ma mamm, adeo ma zad
Biken n'ho kwel ma daoulagad

Adeo mem breur, adeo ma c'hoar
Biken n'ho kwelan war an douar "

Ar plac'hig paour-mañ a ouele
Pa na gave den hi c'honsolje

Ne gave den hi c'honsolje
Mez an Aotrou Saoz hennezh a rae

Hennez a lare de'i bepred :
" Tevet, ma merc'h, na ouelet ket

Tevet ma merc'h, ne ouelet k-et
Rak ho puhez ne golfet ket

Rak ho puhez ne golfet ket
'Vit hoc'h inor ne laran ket "

Marivonig a c'houlenne
Deus 'n Aotrou Saoz hag a neuze :

" Aotrou ar Saoz mar am c'heret
Nemet dac'h ne vin oblijet

D'i me man d'em val a gampr
D'am martoloded p'o do c'hoant

D'am martoloded p'o do c'hoant
Hag a zo an'he ur seizh ha kant !

Marivonig a c'houlenne
'Z ar 'Werc'hez Vari hag a neuze

" Gwerc'hez Vari, o laret din
Pe n'em daolin 'r mor pe ma na rin

Ma n'em daolan 'r mor vin beu'et
Ma chomin amañ vin kollet

Well e ganin mervel mil gwech
'Vit na koll ma inor ur wech

Ouzh ar Werc'hez he deus sentet
War he fenn er mor e n'on daolet

War he fenn er mor e n'on daolet
Daou veskeig bihan he deus kavet

Daou veskeig bihan he deus kavet
Ha d'an aod er mor 'deus hi c'haset

Na Marivonig a lare
Er gêr d'he mamm pa'n arrue

" Bonjour ma mamm, bonjour ma zad,
Me zo deut c'hoazh ur wech d'ho ka't

Bonjour ma breur, bonjour ma c'hoar
Deut on c'hoazh ur wech war an douar "



Le sujet

(Notes d'Alfred Bourgeois)

Ce gwerz m'a été chanté dès 1856 par un conducteur de diligence faisant route de Guingamp à Saint-Brieuc, aussi le reproduisons-nous, quoique M. Luzel en ait publié une version dans ses Gwerziou. M. Quellien en donne également une autre dans ses Chansons et danses des Bretons. Les deux versions, quoique peu différentes au fond, offrent quelques traits caractéristiques : dans la 11è strophe on y lit :

Tiskennas 'r Saozon e Dourdu.

Les Anglais descendirent dans le Dourdu, c'est-à-dire dans une rivière de ce nom, affluent de droite de la Rivière de Morlaix, près de son embouchure. On a dit que les Anglais préparaient dans le Dourdu leurs incursions sur Morlaix , cela est fort possible, cependant, celui qui m'a chanté ce gwerz me l'a donné comme originaire de Paimpol ou du pays de Goelo. Dans deux versions que j'ai recueillies, j'y ai trouvé ce vers :

Tiskennas 'r Saozon a Vor du

Il faut ajouter que ce gwerz ne se chante pas en Leon, il s'est localisé dans le pays de Tréguier
Au sujet du sauvetage miraculeux de la jeune fille, notre version est la plus simple et celle qui paraît la plus conforme aux croyances des Bretons d'attribuer un pouvoir surnaturel aux faibles.

Dans une autre version, nous avons constaté ce vers :


Ur marc'hig vor n'eus hi c'haset.
Un petit cheval de mer l'a conduite
Dans celle de M. Luzel, on lit :
Ur pesk bihan a fons ar mor
Sav Marivon war c'horre 'n dour
Un petit poisson du fond de la mer
Porte Maryvonne à la surface de l'eau
Enfin, dans celle de M. Quellien, on lit :
Ur peskig gwenn he deus lonket
Ar bord er mor he deus hi kaset.

qu'il traduit ainsi :
Un petit poisson blanc l'a avalée
Sur le bord de la mer il l'a envoyée
On ne s'explique pas bien le sens de cette traduction ; d'ailleurs, le texte littéralement signifie :
Elle a avalé un petit poisson
Qu'elle a envoyé sur le bord de la mer
attendu que pesk est du masculin, pour arriver à la première traduction il faudrait que le texte fût :
Ur peskig gwenn n'eus hi lonket
Er bord ar mor n'eus hi kaset.
La version de M. Luzel a une fin plus tragique ; après que Marivonig s'est jetée à la mer, on y lit :
Le seigneur anglais disait - à ses matelots, alors
Matelots dépêchez-vous - Je vous donnerai cent écus.
Le seigneur anglais disait - Ce jour-là à Marivonig
Petite Maryvonne vous avez eu tort - Si vous aviez voulu, vous auriez été ma femme
Une autre variante dit :
Un coup de vent s'est levé, qui l'a poussée au seuil de la cour de son père
Père chéri, ouvrez cette porte - C'est la petite Maryvonne qui demande ouverture
Est-il donc possible, mon Dieu - Que la petite Maryvonne soit là ?
Elle a fait trois fois le tour de la maison - Puis elle est morte aussitôt.
L'air sur lequel se chante ce gwerz est remarquable par son caractère sinistre et martial à la fois
Il a déjà été noté différemment, d'abord par M. Thielmans dans la Harpe de Guingamp de M. Lescour, puis par M. Quellien. Nous en donnons une autre notation qui est plus carrée et nous paraît plus naturelle (voir air n° 25). D'ailleurs, nous nous sommes fait répéter cet air et l'avons contrôlé par plusieurs chanteurs doués de dispositions musicales


Source

"Kanaouennoù Pobl", chansons recueillies par Alfred Bourgeois dans la deuxième moitié du XIXème siècle ; le recueil a été publié en 1959 à Paris