An itron Leskildri a lavare
En he mereuri pa'n arrue
En he mereuri pa'n arrue

Devezh mat deoc'h holl barzh en ti-mañ
Ar merc'hed ac'han pelec'h emaint ?

Pe 'maint e-tal an tan o tommañ
Pe 'hend-all uzañ 'n daol o leinañ ?

N'eo ket e-tal an tan o tommañ
Vo paet d'hoc'h Itron 'r vereuri-mañ

Vo paet d'hoc'h Itron ho vereuri
Ha kant skoed avañs a zo warni

Div deus oute a zo o kannañ
Ha div all a zo o tiwaskañ

Div all a zo 'lakaat da sec'hañ
Fantig ho filhorez a zo klañv

Gant an droug stomog hag an droug penn
Seblant a ra din he deus terzhienn

Fantig ar Picard va filhorez
Taolet evezh na vec'h pec'herez

Al levrenn wenn a zo bet er c'hoad
Hag ur bugel bihan he deus ka'et

Ur bugel ken kaer evel an deiz
Ouzh Fantig ar Pikard heñvel eo

Er bloaz-mañ koulz evel warlene
Oc'h o kanañ kaozioù adarre

Fantig ar Pikard ma filhorez
Vil e komzez ouzh da vaeronez

Hag e koustfe din ma Leskidri
Ar wirionez sur a c'houvein

'N Itron Leskidri a lavare
D'he fajic bihan hag a neuze

Ma fajig dib din ma inkane
Ma 'c'h in buan da Raon feteiz

'N Itron Leskildri a lavare
War bave Raon ha pa gerzhe :

Bonjour ha joa holl er gêr-mañ
Pelec'h 'mañ tud ar justiz amañ ?

Itron Leskidri hon eskuzet
Emaoc'h ouzh toull an nor ; antreet !

Na petra ho peus c'hwi a nevez
Pa oc'h deuet fenoz d'hon bete ?

Deut eta ganin d'am mereuri
Da gerc'hat merc'h henañ deus an ti

Da gerc'hat 'r verc'h henañ deus an ti
Peogwir ur filhorez ec'he din

Na tud ar justiz a lavare
Ti ar Pikard kozh pa 'n arrue

Devezh mat deoc'h holl barzh en ti-mañ
Fantig ar Pikard pelec'h emañ ?

Emañ en he c'hambr e penn an ti
En anv Doue, diboaniet hi !

Fant ar Pikard savet alese
Evit ma teufet ganomp feteiz

Aotrou Doue pera em eus graet
Pa eus bet an urzh d'am c'hemeret

Fantig, ne ouzon ket ho sujet
Ho maeronez ro urzh d'ho kemeret

O tud a justiz mar am c'haret
'Biou Leskidri ne yefet ket

Droug ha mad gant an neb a gomzo
'Biou Leskidri ni a yelo

Etre Leskildri ha ti ma zad
Zo ur puñs don, me hen goar avat

Unnek a vugale am eus bet
Dek an'he am eus e-barzh taolet

An unneget 'm eus taolet er c'hoad
Hennezh a ra din kalz galonad

Me welo 'n Noblañs e Leskidri
Me garje an tan ouzh he deviñ

Me garje an tan ouzh he deviñ
Ma maeronez e-kreiz o leskiñ

Fantig ar Pikard a lavare
War ar chafod e-pad ma pigne

Mar zo tud aze a Santez Kroaz
Savet ho daouarn 'welin an'he

Mar roin d'he ur mouchoar godell
Evit kas d'am dous ar miliner

Evit kas d'am dous ar miliner
Ma en nevo soñj eus e amzer



Le sujet

Notes d'Alfred Bourgeois

Ce gwerz m'a été chanté le 6 août 1889, à Pontrieux, par Mme Jean Le Braz, dont j'ai déjà parlé.
M. Luzel en a publié deux autres versions (Gwerziou Breiz-Izel, Tome 1, pages 234 et suivantes). Mais elles diffèrent de la nôtre par la forme et la conclusion. En effet, elles comportent des strophes de 4 vers de 8 syllabes, tandis que celle-ci présente des strophes de 2 vers de 9 syllabes dont le deuxième est bissé. C'est toujours la forme de tercet la plus usitée dans les gwerz populaires.
Par suite, l'air que nous donnons au n°36 ne peut s'appliquer aux versions de M. Luzel.
Quant au sens et à l'interprétation, il faut penser que l'arrestation de Françoise Picard a eu pour cause un motif de jalousie, car on ne peut guère l'attribuer aux simples mauvais propos qu'elle a tenus, d'après notre version, tandis que dans celles de M. Luzel, on trouve mentionné : " Comment, ma filleule, avez-vous pu devenir meurtrière ; si vous aviez voulu me faire un aveu, j'aurais élevé votre enfant et personne n'en aurait jamais rien su ". La Picard répond : " Je crains bien, ma marraine, que vous n'ayez enfourché le bidet d'Hamon", dicton employé pour exprimer la jalousie. Cette réponse imprudente aura sans doute éveillé un soupçon chez Mme de Leskildy. D'après la dernière strophe, la Picard se venge, car en montant sur l'échafaud elle dénonce le Seigneur de Leskidry comme étant la cause de sa mort. Dans la 2è version de M. Luzel, même propos et même conclusion. Dans la nôtre, au contraire, toute trace de jalousie disparaît ; mais Françoise Picard est la pire des criminelles, puisqu'elle avoue avoir fait périr onze enfants ; mais avant de mourir, elle fait connaître son séducteur qui aurait été un meunier de Sainte-Croix.

M. Luzel dit en note : " Il y avait une maison noble de Leskidry ou Leskildry en la commune de Plouguiel, près de Tréguier. Dans celle de Goudelin, il y avait également un manoir de ce nom "
Dans notre gwerz, le nom de Leskidri ou Leskildri est aussi le nom d'un ancien domaine de famille noble que l'on donne encore aujourd'hui à une ferme et à une petite vallée formée par un ruisseau prenant sa source près de Runan et qui se jette dans le Trieux, à Pontrieux. Cette ferme a été construite, dit-on, sur l'emplacement d'un ancien manoir portant le même nom, mais dont on n'aperçoit aucun vestige.
Une vieille mendiante, que j'ai questionnée à ce sujet, m'a dit que le nom de Leskildri venait de ce qu'il y avait autrefois dans la cour un grand pigeonnier ou colombier qui se dit en breton kouldri. Leskildri viendrait donc de Lez an kouldri ou Lez ar c'houldri, "le palais ou la cour du pigeonnier".

La première forme, qui est la plus ancienne, pourrait remonter au XVè siècle ; cela ne veut pas dire que le gwerz remonterait à cette époque, mais il peut dater d'avant la Révolution, car on n'a plus souvenir de la famille de Leskildry dans le pays.

Pour quelques-uns, la tradition est que la malédiction de Françoise Picard s'est réalisée et que le vieux manoir a été la proie des flammes. Leski an Kouldri ou Leskildry (Leskiñ : "brûler, consumer").

Malgré ce rapprochement, cela n'est pas probable puisque le nom existait avant l'événement et que l'on trouve plusieurs manoirs de ce nom. Autrefois, il existait des pigeonniers dans tous les grands manoirs.

D'après la deuxième version de M. Luzel, la Picard aurait été pendue. On y lit en effet : "Dût-il m'en coûter cinq cent écus, Françoise Picard sera pendue". "Françoise disait arrivée au dernier degré de l'échelle". Or la pendaison, qui a précédé la décapitation, a été remplacée depuis la Révolution par la guillotine. La pendaison a été abolie en France dans le courant du XVè siècle , mais ce n'est pas une raison pour faire remonter ce gwerz à cette époque, car longtemps après l'abolition de la pendaison, et de nos jours encore, il en est question. Ainsi, en 1855, on exécuta, à Guingamp, un forcené appelé Le Poullen qui avait coupé par morceaux une jeune fille laissée seule à la garde du moulin de Milin Pont, en Plouisy. Lorsqu'il fut arrêté et conduit à la prison, la foule le suivit en le couvrant d'imprécations, entre autres celle de "Krouget e ve !" (Tu seras pendu)


Source

"Kanaouennoù Pobl", chansons recueillies par Alfred Bourgeois dans la deuxième moitié du XIXème siècle ; le recueil a été publié en 1959 à Paris