I
- Alietig, ma merc'hig koant,
Ret 'vo monet da Benanstank ;
Ret 'vo monet da Benanstank,
Pe goll ar gwir er gomanant. -

- Ma vije bev nep am ganas,
Evel ma 'z eo nep am magas,
N' vijen ket aet da Benanstank,
Pa golljeac'h 'r gwir ar gomanant. -

- Met allas ! paour kaezh, pa n'eo ket,
Sentiñ ouzh lez-vamm a zo ret;
Sentiñ ouzh lez-vamm a zo ret,
Da Benanstank 'vo ret monet. -

- Gwell eo ganin, 'vit ma enor,
'M lakafec'h endan treuz ho tor!
Komerit un trañch hag ur bal,
Ha lakaet en bev en douar! -

II
'N aotrou Penanstank a lare,
D'e baotr ar gambr, un deiz a oe :
- Me well Alietig ar Vad
O tonet a dreuz dre ar c'hoad.

Un daoulagad 'zo en he fenn
A luc'h 'vel div werelaouen,
He zal ivez hag he divjod
Ker gwenn hag al laez er ribod. -

En Penanstank p'eo arruet,
War an treuzou eo aze'et;
War an treuzou eo aze'et,
Ha gwalc'h he c'halon 'deus gouelet. -

- Alietig, laret 'zo deec'h
Gant an aotrou pignet ouzh krec'h,
Da derc'hel d'ezhañ ar goulou,
Vit ma kano he c'housperou. -

- Mard oc'h mesajer evitañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ :
'Zo kantoloriou aour hag arc'hant,
Da derc'hel goulou peziou koant. -

- Alietig, laret 'zo deoc'h,
Gant an aotrou, donet ouzh krec'h ;
Gant an aotrou monet d'e gambr,
Ma royo deoc'h aour hag arc'hant. -

- Mard oc'h mesajer indanañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ
Miret e aour hag e arc'hant,
En paourentez me ' zo kountant ;

Mard oc'h mesajer indan-hañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ
Miret e arc'hant hag e aour,
Me 'zo ma dere bezañ paour. -

- Alietig, laret 'zo deoc'h,
Gant an aotrou, donet ouzh krec'h ;
Gant an aotrou monet d'e gambr,
Ma royo deoc'h gwalinier koant. -

- Mard oc'h mesajer indan-hañ,
It d'an nec'h ha laret dezhañ,
Eus dewezhourez n' zere ket
Gwalinier aour d'ho bizied. -

- Alietig, laret 'zo deoc'h,
Gant an aotrou, pignet d'an nec'h,
Vit monet gantañ d'ar selier
Da dañva gwin dous 'vel ar mel. -

- Mard oc'h mesajer indan-hañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ
P'am bo sec'het, me evo dour,
A bedo Doue d'am zikour. -

- Alietig, laret 'zo deoc'h
Gant an aotrou monet d'an nec'h,
Monet gantañ d'ar c'hrignelliou,
D' divreinañ per hag avalou. -

- Mard oc'h mesajer indan-hañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ
Reiñ 'r re-vat d'ar paour, o zebro,
'R re-fall d'ar moc'h, o zivreino. -

- Alietig, laret 'zo deoc'h,
Gant an aotrou, monet d'an nec'h ;
Gant an aotrou monet d'an nec'h,
Vit ober dezhañ he wele. -

- Mard oc'h mesajer indan-hañ,
It d'an nec'h, ha laret dezhañ
Donet d'an traoñ, me yel' d'an nec'h,
Hag a ray dezhañ he wele;

Ha mar astenn re e bazioù,
Da zont war ma lerc'h 'r skalieroù
Da zont war ma lerc'h 'r skalieroù,
M'hen taolo d' n traon war e c'henoù ! -

III
Eus ' seitek plac'h 'zo bet em zi,
N'eus aet hini eveldoc'h-c'hwi ;
Met c'hwi, Alietig ar Vad,
'Zo bet kelennet gant ho tad.

Biskoazh na eus bet plac'h yaouank
Na debauchjen, p'am bije c'hoant,
Nemedoc'h, Aliet ar Vad,
Zo bet kelennet gant ho tad. -

- Gant ma zad n'on ket kelennet,
Met gant ar sent, ar sentezed ;
Met gant ar sent, ar sentezed,
A zo 'vidon alvokaded.

Lakait ma arc'hant war an daol,
Ma 'z in ee-maez gant ma enor;
Gant ma enor ha ma respet,
Triwec'h vloaz 'zo hini n'eus aet. -

- Alietig, me ho kwelo
Un deiz barzh en kêr, pe war-dro,
Ho kof ganeoc'h bet' ho lagad,
Brasez eus ur c'hokin bennak. -

- Gwell ve ganin bezañ brasez
Eus ur paotr moc'h, ma c'harantez,
Bezañ brasez eus ur paotr moc'h,
Aotrou, vit bezañ ac'hanoc'h.

N' vo ket ken disenor d'am zad,
Evel bezañ eus un den sakr;
Evel bezan eus ur beleg
N'en eus na enor na respet ! -

Dastumet en parrez Plougonven. - 1863.
I
- Petite Aliette, ma gentille enfant,
Il faudra aller à Penanstank;
Il faudra aller à Penanstank,
Ou perdre nos droits sur le convenant. (1) -

- Si vivait encore celle qui me donna le jour,
Comme vit celui qui m'éleva,
Je n'irais pas à Penanstank,
Et quand vous perdriez vos droits sur le convenant. -

- Mais hélas! ma pauvre enfant, puisqu'elle n'est plus,
Il faut obéir à votre marâtre;
Il faut obéir à votre marâtre,
Il faudra aller à Penanstank. -

- J'aime mieux, pour mon honneur,
Que vous me mettiez sous le seuil de votre porte !
Prenez une pioche et une pelle
Et mettez-moi vivante en terre !

II

Le seigneur de Penanstank disait,
Un jour, à son valet de chambre
- Je vois la petite Aliette Lemat
Qui vient à travers le bois.

Deux yeux sont dans sa tête
Qui brillent comme deux étoiles du matin,
Son front aussi et ses deux joues
Sont blancs comme le lait dans le ribot. -

En arrivant à Penanstank,
Elle s'est assise sur le seuil de la porte;
Elle s'est assise sur le seuil de la porte,
Et a pleuré à noyer son coeur !....

- Petite Aliette, il vous est commandé,
Par Monseigneur de monter dans sa chambre,
Pour lui tenir la chandelle,
Pendant qu'il chantera ses vêpres. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
Qu'il y a des chandeliers d'or et d'argent,
Charmants objets pour tenir la chandelle. -

- Petite Aliette, il vous est commandé,
Par Monseigneur, de monter dans sa chambre;
Par Monseigneur de monter dans sa chambre,
Pour qu'il vous donne de l'or et de l'argent. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
De garder son or et son argent,
Je suis contente dans ma pauvreté ;

Si vous êtes messagère à ses ordres,
Montez et dites-lui
De garder son argent et son or,
Mon devoir à moi est d'être pauvre! -

- Petite Aliette, il vous est commandé,
Par Monseigneur, de monter dans sa chambre;
Par Monseigneur de monter dans sa chambre,
Pour qu'il vous donne de belles bagues. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
Qu'il ne convient pas à une journalière
Dd'avoir des bagues d'argent à ses doigts.

- Petite Aliette, il vous est commandé
Par Monseigneur de monter dans sa chambre,
Pour aller avec lui dans son cellier,
Déguster du vin doux comme le miel. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
Que quand j'aurai soif, je boirai de l'eau,
Et prierai Dieu de m'être en aide. -

- Petite Aliette il vous est commandé,
Par Monseigneur, de monter dans sa chambre,
Pour aller avec lui dans les greniers,
Choisir les poires et les pommes gâtées. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
De donner les bonnes au pauvre, qui les mangera,
Et les mauvaises, aux pourceaux, qui les dépourriront.

- Petite Aliette, il vous est commandé,
Par Monseigneur, de monter dans sa chambre;
Par Monseigneur de monter dans sa chambre,
Pour lui faire son lit. -

- Si vous êtes messager à ses ordres,
Montez et dites-lui
De descendre et je monterai,
Et je lui ferai son lit;

Et s'il allonge trop ses pas,
A me poursuivre dans les escaliers ;
A me poursuivre dans les escaliers,
Je le jetterai en bas sur la bouche ! -

III
- De dix-sept filles qui ont été dans ma maison,
Aucune n'en est sortie comme vous;
Mais vous, petite Aliette Lemad,
Vous avez été conseillée par votre père.

Jamais il n'a existé de jeune fille
Que je ne pusse débaucher, quand il me plaisait,
Si ce n'est vous, Aliette Lemad,
Qui avez été conseillée par votre père. -

- Je n'ai pas été conseillée par mon père,
Mais par les saints et les saintes;
Mais par les saints et les saintes,
Qui ont été mes avocats.

Mettez-moi mon argent sur la table.
Pour que je m'en aille avec mon honneur,
Avec mon honneur et mon respect,
Voici dix-huit ans qu'aucune n'est partie ainsi ! -

- Petite Aliette, je vous verrai
Un jour dans la ville, ou aux environs,
Avec votre ventre jusqu'à votre oeil,
Enceinte de quelque coquin ! -

- J'aimerais mieux être enceinte
D'un porcher, que j'aimerais,
Etre enceinte d'un porcher,
Monseigneur, que de l'être de vous !

Ce ne serait pas un si grand déshonneur pour mon père,
Que si je l'étais d'un homme consacré à Dieu!;
Que si je l'étais d'un prêtre
Qui n'a plus ni honneur ni estime ! -

Recueilli dans la commune de Plougonven. - 1863.


NOTE

Il s'agit dans cette chanson, très-répandue dans les environs de Morlaix, d'un évêque interdit, qui passa ses dernières années dans son manoir de Penanstank, en la commune de Pougonven, arrondissement de Morlaix. Son souvenir est encore très-vivant dans ce pays, où la tradition s'occupa beaucoup de lui, comme j'ai pu le constater moi-même sur les lieux, quand je suis allé visiter Penanstank. Voici ce que dit Albert Le Grand de cet évêque peu exemplaire, dans le catalogue des évéques de Cornouailles, qu'il a annexé a ses Vies des Saints de Bretagne : « Frère François de la Tour, fils d'escuyer Guillaume de La Tour, et Jeanne de Goaz-riant, sieur et dame de Penn-ar-Stanq, fut moyne profès de l'ordre de Cysteaux, en l'abbaye du Relec, diocèse de Léon, et sacré évesque de Cornouaille, le jour des Rois, l'an 1574, sous le pape Grégoire, le roy très-chrétien... et fut transféré à Tréguier, l'an 1585, ou il mourut l'an 1593, au manoir épiscopal de Pennarstanq, gist en la paroisse de Plongonvenn, sans enfeu ny epitaphe. »

(1) Ferme à domaine congéable.