I

Breizh ha Bro-Saoz enebourien,
Evito bout amezeien,
A zo bet lakaet er bed-men
D'en em fiblañ da virviken.

Pa oan kousket, en nozvezh all,
E klevis son ar c'horn-bual,
Son ar c'horn-bual, e koat-Sal:
- «Ho ! Saozon ! Saozon ! Saozon fall ! »

Ha dal' ma savis antronoz,
Gwelis oc'h erruout ar Saoz
Gwelis e soudarded erru :
Sternoù alaouret, dilhad ruz.

War an aod ha pa oant ledet,
Gwelis o tont ar C'hallaoued,
D'Aubigny gante 'r penn kentañ,
He gleñv noazh en e zorn gantañ.

- A-raok ! a lâre D'Aubigny,
Na dec'ho nikun ouzhomp-ni
Ai ta ! va faotred doc'htu !
A-raok d'am heul ! ha pegomp du !-

Ar C'halloued a respontas
Holl war un dro, pa e glevas :
Deomp gant D'Aubigny troad-oc'h-troad ;
Denjentil eo koulz ha paotr mat !-

Pa oa D'Aubigny en emgann
Ne oa den, na bras na bihan
Na zigore e zaoulagad
Oc'h e welet o leuskel gwad

E vlev, e zremm, hag e zilhad
Ne oant penn-da-benn nemet gwad
Distrinket demeus ar Saozon,
Dre ma treuze d'he ar galon.

Hen a weled, war an dachenn,
Reizh e galon, uhel e benn,
Heb muiañ van d'ar bolodoù
Evel pa vizent bet stoufoù.

II

Paotred Breizh-Izel a gane,
O tont war an dachenn, neuze :
- Neb en deus goune'et teir gwech,
C'houne'o n'eus forzh pet kwech !

E Kamared, en amzer-hont
E oa diskennet ar Saozon ;
Bragal a raent, war ar mor,
Gant o gwelioù gwenn-kann digor ;

Gant tennoù kouezjont war an aod,
Evel ma vijent kudonod
Deus pevar mil e oant eno,
Na zistroas hini d'e vro.

E Gwidel e oent diskennet,
E Gwidel e douar Gwenned;
E Gwidel int bet douaret,
Evel ma oent e Kamaret.

E bro Leon, rak enez-c'hlas,
Gwechall, e oent diskennet c'hoazh ;
Kement a wad defant losket
Ken a oa ar mor glas ruiet.

N'eus, e Breizh, na bodenn, na bern
E-lec'h na gaver o eskern
Kon ha brini oc'h o sachat,
Glav hag avel oc'h o c'hannat.-

Archerien bro-Saoz pa glevjont,
Gant estlamm arsav a rejont ;
Ker kaer an ton hag ar c'homzoù,
Ken e oant bamet o selaou.

- Arserien Bro-Saoz, leveret,
Skuizh oc'h eta, pa ehanet ?
- Ned omp ket skuizh, pa ehanomp,
Koulz ha re-hont, Bretoned omp !-

Oa ket o c'homz peurlavaret :
- Gwerzhet omp ! tec'homp kuit, paotred !-
Hag ar Saozon prim d'o listri ;
Hogen na dec'has nemet tri.

III
Er bloavezh-mañ mil-ha-seiz-kant
Hag eizh ouzhpenn hag hanter-kant,
D'an eil lun a viz gwengolo,
Oa trec'het ar Saozon er vro.

Er bloavezh-mañ, evel a-gent,
Emaint bet lakaet en o hent.
Evel ur barr grizhil er mor,
Ar Saozon, bepred, en Arvor.



Le sujet

I
Les Bretons et les Anglais sont voisins, mais n'en sont pas moins ennemis ; ils ont été mis au monde pour se combattre à tout jamais.
Comme je dormais, l'autre nuit, un son de trompe retentit, retentit dans le bois de la Salle : « Saxons ! Saxons ! maudits Saxons ! »
Le lendemain, en me levant, je vis les Anglais arriver, je vis arriver leurs soldats : harnois dorés et habits rouges.
Quand ils furent rangés sur la grève, j'aperçus les Français allant à leur rencontre, d'Aubigny à leur tête, l'épée nue à la main.
- En avant ! cria d'Aubigny ; il ne nous en échappera aucun ! Courage ! allons, mes braves enfants, en avant! suivez-moi ! et ferme !
Les Français répondirent tout d'une voix à son appel:
- Suivons d'Aubigny pied à pied; il est gentilhomme et bon compagnon. -

Quand d'Aubigny en vint aux mains, il n'y eut personne, grand ou petit, qui n'ouvrît de grands yeux en le voyant verser le sang.
Ses cheveux, son visage et ses habits étaient tout couverts de sang, de sang qu'il tirait aux Anglais, en leur perçant le coeur.
On le voyait, sur le champ de bataille, le coeur calme, la tête haute, pas plus ému par les boulets que s'ils eussent été des bouchons.

II
Alors, les hommes de la Basse-Bretagne venaient au combat, en chantant: « Celui qui a vaincu trois fois, celui-là vaincra toujours !
« A Camaret, dans ces temps-ci, les Anglais ont fait une descente ; ils se pavanaient sur la mer, sous leurs blanches voiles gonflées ;
Ils sont tombés sur le rivage, abattus par nos balles, comme des ramiers ; de quatre mille qui débarquèrent, il n'en est pas retourné un seul dans son pays.
« A Guidel, ils sont descendus, à Guidel, en terre de Vannes ; à Guidel, ils sont enterrés, comme ils l'ont été à Camaret.
« Au pays de Léon, en face de l'île Verte, jadis ils descendirent aussi ; ils répandirent tant de sang, que la mer bleue en devint rouge.
« Il n'y a pas en Bretagne une butte, pas un tertre qui ne soient faits de leurs ossements, que les chiens et les corbeaux se sont disputés, que la pluie et les vents ont blanchis. » -
Les archers d'Angleterre, en entendant ces chants, restèrent immobiles d'étonnement ; si belles étaient la mélodie et les paroles, qu'ils semblaient fascinés par elles.
- Archers d'Angleterre, dites-moi, vous êtes donc las, que vous vous arrêtez ?
- Si nous nous arrêtons, nous ne sommes point las; nous sommes Bretons comme ceux-ci. -
Ils n'avaient pas fini de parler: -Nous sommes trahis ! fuyons, soldats ! -
Et les Anglais de s'enfuir au plus vite vers leurs vaisseaux ; mais il n'en échappa que trois.

III
En cette année mil sept cent cinquante-huit, le second lundi du mois de la paille blanche, les Anglais ont été vaincus dans ce pays
En cette année, comme devant, ils ont été mis au pas.
Toujours, comme grêle dans la mer, fondent les Anglais en Bretagne.


Source

Extrait du "Barzhaz Breizh", le premier grand recueil de chansons bretonnes, publié en 1839 par Hersart de la Villemarqué