Kado o vont gant ar c'hoad don,
Gantañ e gloc'hig sklint o son; (bis)

Ken a ziredas un tasmant
Glas e varv evel d'ar man;

Hag e zaoulagad o teviñ,
'Vel dour ar c'haoter o virviñ

Kado, ar sant, a zegouezhe
Gant Marzhin ar barz, en deiz-se.

- Kemenn a ran en an' Doue !
Lavar din-me petra out-te ?

- En amzer ma oan barz er bed,
Me oa gant an holl enoret ;

Dioc'htu ma 'z aen 'barzh ar sal,
E kleved an holl o youc'hal.

Dioc'htu ma kane va delenn,
Kouezhe diouzh ar gwez aour melen,

Roueoù ar vro am c'hare,
Roueoù all holl am douje

An dudigoù paour lavare :
- «Kan, Marzhin, kan, e peb mare.»

Laret eure ar Vretoned
«Kan, Marzhin, an traoù da zonet. »

Bremañ er c'hoajoù e vevan,
Den na ra stad ouzhin bremañ.

Bleizi, ha moc'h gouez, kreiz ma hent,
Tre ma'z an biou, a skrign o dent,

Kollet eo ganin va delenn,
Pilet eo gwez an aour melen ;

Roueoù Breizh a zo marv
Roueoù all a wask ar vro

Na lavar ken ar Vretoned
«Kan, Marzhin, an traou da zonet. »

I a ra ouzhin Marzhin-fol,
A daolioù mein am c'hasont holl.

- Paour-kaezh dud, distroit en-dro.
Ouzh Doue zo 'vidoc'h marv.

Hennezh en do truez ouzhoc'h ;
Da neb a fiz ennañ ro peoc'h.

- Ennañ fizis, c'hoazh e fizian,
Outañ truez a c'houlennan.

- Drezon oc'h eus truez gantañ,
En Tad, er Mab, er Spered Glan !

- Me a losko ur youc'hadenn
D'am Roue, gwir Zoue ha den !

Me gano e vadelezoù,
A oad da oad dreist an oajoù.

- Paour-kaezh Marzhin, Doue d'ho klevo !
Aelez Doue deoc'h ambrougo !



Le sujet

Kado allait par la forêt profonde, agitant sa clochette aux sons clairs
Quand bondit un fantôme à la barbe grise comme la mousse, et aux yeux bouillants comme l'eau du bassin sur le feu;
Kado, le saint, se rencontrait avec Merlin le barde, ce jour-là:
- Je te l'ordonne, au nom de Dieu ! dis-moi qui tu es ?
- Du temps que j'étais barde dans le monde, j'étais honoré de tous les hommes.
Dès mon entrée dans les palais, on entendait la foule pousser des cris de joie.
Sitôt que ma harpe chantait, des arbres tombait l'or brillant ;
Les rois du pays m'aimaient; les rois étrangers me craignaient ;
Le pauvre petit peuple disait : « Chante, Merlin, chante toujours. »
Ils disaient, les Bretons : « Chante, Merlin, chante ce qui doit arriver. »
Maintenant, je vis dans les bois ; personne ne m'honore plus maintenant.
Loups et sangliers, dans mon chemin, quand je passe, grincent des dents.
Je l'ai perdue, ma harpe ; ils sont coupés, les arbres d'où tombait l'or brillant.
Les rois des Bretons sont morts, les rois étrangers oppriment le pavs.
Les Bretons ne disent plus : « Chante, Merlin, les choses à venir. »
Ils m'appellent Merlin le Fou, et tous me chassent à coups de pierres.
- Pauvre cher innocent, revenez au Dieu qui est mort pour vous.
Celui-là aura pitié de vous ; à qui met sa confiance en lui, il donne ici repos.
- En lui j'ai mis ma confiance, en lui j'ai confiance encore, à lui je demande pardon.
- Par moi t'accordent pardon le Père, le Fils et l'Esprit-Saint !
- Je pousserai un cri de joie en l'honneur de mon Roi, vrai Dieu et Homme !
Je chanterai ses miséricordes d'âge en âge, et au delà des âges
- Pauvre cher Merlin, que Dieu vous entende ! que les anges de Dieu vous accompagnent !


Source

Extrait du "Barzhaz Breizh", le premier grand recueil de chansons bretonnes, publié en 1839 par Hersart de la Villemarqué