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Recueil de chansons bretonnes

"Les Bretons ont chanté leur vie à pleine gorge ou à voix de complainte, pour exalter la joie ou endormir la peine. Ils s'accompagnaient de chansons du berceau à la tombe et toutes les circonstances étaient bonnes pour improviser un véritable journal en couplets"
Pierre Jakez Helias

C'est à ces chansons du répertoire traditionnel breton qu'est consacré ce site. Vous y trouverez paroles et partition des chansons, et leur sujet

Vous pourrez également écouter l'air, que j'ai joint sous forme d'un fichier au format MIDI. Je vous propose aussi de télécharger l'ensemble des chansons et de les écouter avec le logiciel gratuit NoteWorthy Composer Viewer

Cliquez sur "Chansons" dans le menu de gauche pour entrer dans le vif du sujet... Si vous voulez me donner votre avis, et m'aider à enrichir le répertoire, écrivez-moi (e brezhoneg mar karit !)

Binious à Penmarc'h
(vers 1930)


A quelques exceptions près, les chansons de ce site sont recopiées sur des recueils de chansons traditionnelles. La collecte de chansons populaires a commencé au début du XIXème siècle, à l'époque romantique. Prenant la suite de quelques précurseurs, dont sa propre mère, Théodore Hersart de la Villemarqué (Kervarker en breton) a fait paraître en 1839 la première édition du Barzaz Breiz, qui fait encore figure de référence de nos jours. Enrichi au fil des éditions, dont la dernière date de 1867, il comporte une centaine de chansons, présentées avec leur traduction en français et la mélodie, classées en trois catégories :
- les "gwerziou" : chants mythologiques, héroïques, historiques et ballades
- les "soniou" : chants de fêtes et d'amour
- des légendes et chants religieux

Le Barzaz Breiz présente aussi le grand intérêt de regrouper des chansons issues de toutes les régions de la Bretagne, donc dans tous les dialectes. Il est précédé d'une longue introduction sur l'origine de ces chansons, sur les bardes, sur ce que la poésie populaire nous apprend sur la vie et des croyances des Bretons depuis le moyen âge jusqu'à son époque, sur la langue bretonne. Par ailleurs, chaque chanson est précédée et suivie de commentaires détaillés

La qualité des textes et de la traduction ont fait de ce livre un immense succès dans toute l'Europe, qui a donné le signal d'un intense travail de collecte, dont la figure la plus connue est François-Marie Luzel, auteur des Gwerzioù Breiz-Izel et des Soniou Breiz-Izel, parus à la fin du XIXème siècle. Luzel et beaucoup d'autres ont sévèrement critiqué le travail de la Villemarqué ; ne retrouvant pas les chansons du Barzaz Breiz quand ils parcouraient les campagnes de Basse-Bretagne, ils en ont déduit que le recueil était, non pas l'image fidèle de la poésie populaire, mais une réécriture, très embellie afin de se rapprocher de la poésie littéraire ; ils supposaient même que La Villemarqué avait purement et simplement inventé certaines chansons. Cette thèse a été largement admise jusqu'à ce que Donatien Laurent retrouve les cahiers de collecte de la Villemarqué en 1964 ; ils montrent qu'il y a eu certes des corrections nombreuses, mais que dans l'ensemble le texte établi dans le Barzaz Breiz avait une base authentiquement populaire

Les recueils de Luzel présentent les textes directement recueillis auprès des chanteurs, sans aucune modification ; par exemple, on y retrouve beaucoup de mots d'origine française, que La Villemarqué aurait certainement remplacés par leur équivalent breton. L'ampleur de sa collecte confirme la richesse du répertoire chanté de Basse-Bretagne ; des centaines de gwerzes, souvent très longues, autant de soniou allant des berceuses aux chansons de noces, montrent l'importance qu'avait la chanson dans la vie des Bretons

Malheureusement, Luzel n'avait pas publié les mélodies accompagnant les paroles ; quelques dizaines d'années plus tard, Maurice Duhamel a complété son travail par la parution de Musiques bretonnes, qui donne souvent plusieurs variantes pour chaque chanson

A la même époque (fin XIXè - début XXè) paraissent les recueils de Narcisse Quellien (1889), H. Guillerm (1905), H. Laterre et F. Gourvil (1911), celui de Loeiz Herrieu (1911) consacré aux chansons du pays de Vannes. Dans un esprit différent, Bourgault-Ducoudray avait fait paraître en 1885 Trente mélodies populaires de Basse-Bretagne, recueil pauvre en nombre de chansons et avec des textes sans intérêt, mais précédé d'une étude musicologique sur les ressemblances entre les mélodies bretonnes et celles de la Grèce antique ; ce texte commence d'ailleurs par une description très vivante de sa tournée de collecte en 1881

Les recueils de l'entre-deux-guerres et de l'après-guerre présentent moins d'intérêt ; ce sont des reprises appauvries des livres précédents, des compositions nouvelles sur des airs bretons, irlandais, gallois ou écossais, avec des paroles patriotiques, folkloriques ou sentimentales dans le style ampoulé qu'on retrouve dans les chansons françaises de l'époque (celles de Théodore Botrel par exemple)

A partir des années 50 commencent à paraître des recueils de kan ha diskan, chansons d'un style typiquement breton pour accompagner les danses pratiquées traditionnellement dans le centre de la Bretagne (gavotte des montagnes, fisel, plinn, etc) ; curieusement, ni La Villemarqué ni Luzel / Duhamel (pour ce que j'en connais) ne donnaient d'air de ce type

Dans le contexte d'après-guerre défavorable à la culture bretonne, le mouvement des bagadoù et le maintien d'une tradition de chants à danser dans les festoù-noz permettent à de nombreux jeunes Bretons d'apprendre à jouer des instruments traditionnels et à chanter en breton ; au début des années 70, Alan Stivell devient une vedette internationale en mélangeant airs traditionnels et sonorités modernes

La chanson populaire comme expression naturelle des campagnes bretonnes disparaît en même temps que la pratique de la langue et l'uniformisation des loisirs au niveau français et mondial ; les occasions de transmission et de création, liées aux travaux des champs et aux fêtes religieuses d'autrefois, n'existent plus. Jusqu'aux années 80 il restait encore de nombreux chanteurs, et Yann-Fañch Kemener a publié des Carnets de route qui resteront sans doute comme le dernier témoignage (surtout issu du centre Bretagne) de ce qu'a été la forme authentique de la chanson traditionnelle bretonne

Pourtant, alors que la pratique du breton décline, l'expression artistique de la culture bretonne - la musique et la danse - connaît un succès impressionnant dans les fest-noz, les concerts, les disques ... et quelques sites Internet ! Pour ne citer que quelques disques faciles à trouver :

Lire aussi Histoire de la chanson populaire bretonne, de Patrick Malrieu (éditions Dastum et Skol, 1983), et sur ce site, Abrégé d'histoire de la musique bretonne, ma traduction d'un article paru en 1937 dans la revue Gwalarn


Informations techniques

Pour ceux que cela pourrait intéresser, ou qui voudraient en faire autant (pour les chansons de Haute-Bretagne par exemple...) voici la façon dont je m'y prends pour réaliser mon site :

Je dois un grand merci à Jos Le Corre, mon professeur de breton à l'association des Bretons de Bordeaux, qui m'a procuré les recueils qui m'ont permis de commencer ce site ; et à mon oncle Jean-Louis Roumeur, qui a recueilli pour moi des dizaines de cantiques auprès de chorales de Brest et des environs

Merci également à la bibliothèque municipale de Rennes, où j'ai passé des journées à recopier des recueils épuisés depuis longtemps (ceux de Guillerm, Laterre et Gourvil, Bourgault-Ducoudray, etc)

 


Les informations mises à disposition sur ce site sont réservées à un usage privé et non commercial. Il s'agit normalement de chansons du domaine public, mais s'il y a des ayants-droits je les remercie de se faire connaître