I

Selaouet hag a klewfet, hag a klewfet kana,
Ur zon a zo bet savet a-newez wit ar bloa,
Gret da ur vates vihan a oa o serviji
'N un noblanz gant un aotro, m'ho ped da ententi.

Ann aotro 'n doa ur merer dlee d'ez-han kant skoed,
Hag a lakaz ar serjant da vonet d'hen kavet.
Ar merer, p'hen euz gwelet ar serjant arruet,
Hen euz komerret he vaz, da di he vestr eo et.

Un eiz dewez a dermenn out-han 'n euz goulennet;
- E-lec'h eiz dewez, merer, me a ro did pemzek
Wit me na vin ket er ger, ma mates vihan 'vo,
Ar gouitans 'vo en armel, ma merer, m'hi zino. -

II

Pa 'n euz kontet he arc'hant serret he zinerou,
Komerret hen euz he vaz, wit mont d'baëa 'nn aotrou.
Pa oa kontet he arc'hant, laket ann asuranz,
N'hen doa biskoas ar sonj da c'houlenn he gouitanz.

Pa oa erru gant ann hent, gant ann hent avanset
- Aotro Doue! eme-z-han, me oar ez on manket,
Ia, o veza n'am euz ket ar gouitanz goulennet,
Ha mar deu ar plac'h da nac'h, setu me glac'haret!

P'arru ann aotro er ger, kerkent 'n euz goulennet :
- Na eo ket bet ma merer 'baoe euz ho kavet ? -
Oh ! nann a-vad, eme-z-hi, n'am euz-han ket gwelet,
'Ma ho kouitanz en armel, lec'h m'ho poa hi laket. -

Komanset eo da bec'hi, da ofansi Doue,
Laket hen euz ar serjant d' vont d'ar merer arre.
Ar merer p'hen euz gwelet ar serjant arruet,
D'ann douar a zo kouezet, hag a zo fatiket.

Ar serjant 'oa un den-mad, hag hen euz-han savet;
Hag hen euz-han bet savet, ha d'ez-han lavaret :
- Deuz ganin-me, merer paour, deuz ganin d'ann noblanz,
Me a raï did kaout arc'hant, p' autramant da gouitanz. -

Perag, eme-z-han. aotro, n' ret d'ann den-ma kouitanz,
P'hen euz paëet hi arc'hant, laket he asuranz? -
- Penaoz ta, 'me ann aotro ec'h hallfenn ober-ze,
Pa n'am euz gwelet biskoas liard euz ann ez-he? -

Goullet e 'r vates vilian da zont d'ann nec'h, d'ar gambr,
Da welet a hi anzao ar gouitanz pe 'nn arc'hant.
- Perag ta, mates-vihan, n' ret d'ann den-ma kouitanz,
P'hen euz paeet ann arc'hant, ha laket asuranz? -

- Penaos eta, eme-z-hi, ec'h hallfenn ober-ze,
Pa n'am euz gwelet biskoas liard euz ann-ez-he? -
Ar merer, pa 'n euz klewet ann-he gant ho freposiou,
Diskennaz en eur oela, a zo deuet d'ann traon.

III

Pa eo erru gant ann hent un tammik avanset,
Setu 'n den-jentil iaouank hen euz bet rankontret :
- Na lar din-me merer paour, petra 'ra did goela,
Pa deuz euz a di da vestr, pa oud-te ken trist-ma ? -

- Aotro Doue ! eme-z-han, petra zervij din nac'h !
Me'm euz kollet brema deon pemp kant skoed gant ur plac'h!
- Deuz ganin-me, merer paour, ha retorn war da c'hiz,
Me a raï did kaout kouitanz peautramant aviz.

- Perag, eme-z-han, aotro, n' ret d'ann den-ma kouitanz,
P'hen euz paeet he arc'hant, laket he asuranz ?
- Penaos ta, 'me ann aotro, ec'h hallfenn ober-ze,
Pa n'am euz gwelet biskoas liard euz ann ez-he? -

- Gret-c'hui d'ho mates-vihan dont d'ann nec'h bars ar gambr,
Da c'houd ha hi anzavo ar gouitanz pe 'nn arc'hant.
Perag ta, mates-vihan, n' rez d'ann den-ma kouitanz,
P'hen euz paeet he arc'hant, laket he asuranz ? -

- Me c'houlenn tan d'am dewi, ann diaoul am dougfe,
Mar am euz gwelet biskoas liard euz ann ez-he!
- Gaou lares, mates-vihan, bars en kreiz da ine!
Rag e-maint en ur ialc'had' en golc'hed da wele.

Ra e-maint en ur ialc'had en golc'hed da wele,
Kalz a draou a t'euz laeret a zo eno gant-he..
Mar zo bet lazet, aotro, tri mewell-braz 'n ho ti,
Ez eo ho mates-vihan a zo kiriek da-ze! -

Ann aotro, p'hen euz klewet komz 'hi dri mewell-braz,
Ter-gwes d'ann douar goezaz, ter-gwes a fatikaz;
Ter-gwes d'ann douar eo koet, ter-gwes eo fatiket,
Ann diaoul a oa er gambr hag hen euz han savet.

- Arsa, eme-z-han, aotro, mar eo ar plac'h-ma d'ac'h,
Pe dre dan pe dre awell 'vo lamet diganac'h?
Mar ia ganin-me dre dan, 'vo dewet ann noblanz,
Mar ia ganin dre awell n' vo ket ker braz ofanz. -

Dont 'ra ur c'houad-awell hag a zo krenv meurbet,
Ha da greiz stang ar vilin hi a zo bet taolet!.....
Ur meliner iaouank a oa o serri ann dour,
Hen deveuz bet astennet he vrec'h wit hi zikour.

Ar fulor euz ann arc'hant hag ar plac'h milliget
Ho deuz bet beteg he skoa brec'h ar meliner dewet;
Ho deuz bet beteg he skoa brec'h ar meliner dewet;
Setu enor ha profit denner euz ar merc'hed ! -


Le sujet

I

Ecoutez, et vous entendrez chanter,
Un gwers nouveau composé cette année,
Au sujet d'une petite servante qui était au service
D'un seigneur, dans une gentilhommière; comprenez bien ceci.

Le seigneur avait un fermier qui lui devait cent écus,
Et il lui ennvoya le sergent.
Le fermier, en voyant arriver le sergent,
A pris son bâton, et s'est rendu chez son seigneur.

Il lui a demandé un délai de huit jours.
- Au lieu de huit jours, je t'en donne quinze, fermier.
Moi je ne serai pas à la maison, mais ma petite servante y sera;
La quittance sera dans l'armoire, et je la signerai. -

II

Après avoir compté son argent et serré ses deniers,
Le fermier prit son bâton, pour aller payer son seigneur.
Après avoir compté son argent et pris assurance (1),
Il ne songea pas à demander quittance.

Comme il s'en revenait et qu'il était déjà assez loin
Seigneur Dieu, se dit-il, j'ai commis une faute!
Oui, en ne demandant pas de quittance,
Et si la fille vient à nier, me voilà dans la désolation ! -

Le seigneur, en arrivant à la maison, a demandé aussitôt
- Mon fermier n'est-il pas venu vous trouver ? -
- Non certainement, dit-elle, je ne l'ai pas vu,
Et votre quittance est dans l'armoire, où vous l'aviez mise.

Alors il s'est mis à jurer, à offenser Dieu,
Et il a encore envoyé le sergent au fermier.
Le fermier, en voyant arriver le sergent,
Est tombé sans connaissance à terre.

Le sergent, qui était un homme bon, l'a relevé;
Il l'a relevé et lui a dit :
- Venez avec moi, pauvre fermier, venez avec moi au manoir
Et je vous ferai avoir ou l'argent ou la quittance. -

- Pourquoi donc, seigneur, ne donnez-vous pas quittance à c et homme,
Puisqu'il a déposé l'argent et pris assurance ? -
- Et comment le ferais-je, dit le seigneur,
Puisque je n'ai jamais vu un liard de son argent ? -

(1) Assurance de jouissance accordée au fermier à chaque payement.

On a prié la petite servante de monter dans la chambre,
Pour voir si elle avouera ou la quittance, ou l'argent.
- Pourquoi donc, petite servante, ne donnez-vous pas quittance à cet homme,
Puisqu'il a déposé son argent, et pris assurance ? -

- Et comment pourrais-je le faire, dit-elle,
Puisque je n'ai jamais vu un liard de son argent ? -
Le fermier, en entendant leurs propos,
Est descendu en pleurant.

III

Comme il s'en revenait, un peu avancé sur la route,
Voilà qu'il rencontre un jeune gentilhomme :
- Dis-moi, pauvre fermier, quel sujet tu as de pleurer,
Et pourquoi tu es si triste en revenant de chez ton seigneur ? -

- Seigneur Dieu, répondit-il, à quoi me servirait de le nier ?
Je viens de perdre cinq cents écus avec une fille! -
Viens avec moi, pauvre fermier, retourne sur tes pas,
Et je te ferai avoir ton argent, ou ta quittance.

Pourquoi, dit-il, seigneur, ne donnez-vous pas quittance à cet homme,
Puisqu'il a déposé son argent, et pris assurance?
- Et comment, dit le seigneur, pourrais-je faire cela,
Puisque je n'ai jamais vu un liard de son argent? -

- Faites monter votre petite servante,
Pour voir si elle avouera ou la quittance ou l'argent.
- Et pourquoi donc, petite servante, ne donnez-vous pas quittance à cet homme,
Puisqu il a déposé son argent, et pris assurance ? -

- Je demande que le feu me consume, que le diable m'emporte,
Si j'ai jamais vu un liard de son argent ! -
- Tu mens, petite servante, au milieu de ton âme!
Car son argent est dans une bourse dans la paillasse de ton lit !

L'argent est dans une bourse, dans la paillasse de ton lit,
Et beaucoup d'autres choses volées s'y trouvent encore.
Si trois premiers valets ont été tués dans votre maison, seigneur,
C'est votre petite servante qui en est la cause ! -

Le Seigneur, en entendant parler de ses trois premiers valets,
Tomba trois fois à terre, sans connaissance;
Trois fois il est tombé à terre, sans connaissance,
Et le diable, qui était dans la chambre, l'a relevé.

- Or ça, dit-il, seigneur, si cette fille vous appartient,
Ou par le feu ou par le vent voulez-vous qu'elle vous soit enlevée ?
Si je l'emporte par le feu, le manoir sera incendié
Si je l'emporte par le vent, le dommage ne sera pas aussi grand!-

Aussitôt vint un tourbillon d'une violence extrême,
Et la fille a été lancée au milieu de l'étang du moulin!...
Un jeune meunier, qui était à serrer l'eau,
Lui a tendu la main, pour lui venir en aide

Mais la chaleur de l'argent et le contact de la fille maudite,
Lui ont brûlé le bras, jusqu'à l'épaule;
Lui ont brûlé le bras, jusqu'à l'épaule,
Et voilà l'honneur et le profit qu'on retire des femmes! -


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Luzel n'a pas indiqué sa source pour cette gwerz, et Duhamel n'a pas recueilli d'air