I

Speret santel, speret lijer,
Roët din gallout ha sklezder,
Ewit sevel ur werz newez,
Ur werz war sujet ar gernez!

II

Ar paour a erruaz en ti
Da c'houlenn, en hano Doue,
Un tamm boed da em zoulaja,
Un tammik bara, 'wit bewa.

Ma laraz ar gwaz d'he briet,
Gant ann druez 'n doa hen gwelet:
- Un druez-vraz am euz out-han,
Roët un dra bennag d'ez-han. -

Petra dalv dide kavet par ?
Neuze ni a reïo regal ?
D'ar re-baour da chomm 'n ho c'hanton;
Te vezo en keit-se haillon ! (1) -

- Te oar er-vad eo ker ann ed,
Ha gonidegez na euz ket;
Dewez ar paour na eo netra,
Ken ker eo 'nn ed da gaout bara !

- Me 'm euz tri-c'hant bigoded ed,
N'int ket da reï d'ar gailloched;
Mar d'eo me a gommant aman,
Foeltr tamm na vezo roet d'ez-han !

Ar gwaz, saouezet hi c'hlewet,
Hen euz a-newez lavaret :
- Roët 'n tamm d'ar paour da vewan,
Un druez-vraz am euz out-ban ! -

- Mar eo me a gommant aman,
Foeltr tamm na vo roët d'ez-han
Ar paour a fatig he galon,
Hag a zo marwet gant ann naoun !

Hi gwaz oa et da labourad,
Kredet, hen doa gwall galounad,
O welet marwet ar paour-kez,
Lazet gant ar vizerablez!

Met dre ar justiz a Zoue
E warw ar vroeg kerkent neuze!
Un amezeg a zo redet
D'ar park, da laret d'hi friet :

- Na fachet ket euz ar c'helou,
Marw eo ho kroeg war ann treuzou ! -
- Ma mignon, m'ho trugareka,
Eomb d'ar ger d'hi sebelia. -

III

D'anter-noz oa 'nn interamant,
Ma em breparjont promtamant.
Staget oe tri loen euz ar c'har
En aviz hi c'hass d'ann douar.

Kaer ho doa chacha ho gwella,
Na oant ket wit hen diblasa.
E-lec'h tri, c'houec'h a zo staget,
Ha c'hoas ar c'har n' ziblase ket.

Staget a zo seiz a loened,
A bepred na ziblase ket!
Ar veleïenn 'zo arruet,
Ma lavarjont oa red gwelet.

Ann arched a zo digorret,
Ha netra en-han 'zo kavet;
Na euz kavet netra ebars,
Met ur barbet-du hag ur c'haz!

Neuze 'n taol-kurun a zeuaz
A-uz d'ar c'har, ken a grenaz,
Hag hen euz bet holl luduet,
Hep poan d'ann dut, na d'ar c'hezek!

Diskaret hen euz ilizou,
War ar mor-braz, batimantjou,
M'ho deuz renket koll ho buhe
Ann holl gristenienn oa en-he,

M'ho supli, kement laka ed,
Da sonjal 'r pez oc'h euz klewet
N'eo ket gant Doue puniset,
Gant ann diaoul eo a oa et!


Le sujet

LA FAMINE.

I

Esprit saint, esprit léger,
Donnez-moi pouvoir et lumière,
Pour composer un gwerz nouveau,
Un gwerz sur la famine.

II

Le pauvre arriva dans la maison,
Demandant, au nom de Dieu,
Un morceau de pain, pour se soulager,
Un petit morceau, pour ne pas mourir.

Et le mari dit à sa femme,
Touché de compassion à sa vue:
- J'ai grand'pitié de lui,
Donnez-lui quelque chose. -

- A quoi te sert d'avoir femme ?
Tu veux donc que nous régalions tout le monde ?
Que les pauvres restent dans leurs cantons;
En faisant ainsi, tu seras misérable toi-même ! -

- Tu sais bien que le blé est cher,
Et on ne trouve pas de travail ;
La journée du pauvre n'est rien,
Et le blé est si cher, pour avoir du pain ! -

- J'ai trois cents bigodes (2) de blé,
Et ce n'est pas pour les fainéants;
Si c'est moi qui commande ici,
Du diable s'il a rien ! -

Le mari, étonné de l'entendre,
Dit encore une fois :
- Donnez un morceau au pauvre, pour vivre,
J'ai grand'pitié de lui ! -

- Si c'est moi qui commande ici,
Du diable s'il a le moindre morceau ! -
Le pauvre sent son coeur défaillir,
Et il meurt de faim !

Le mari était allé travailler (aux champs),
Et vous pouvez croire que sa douleur fut grande
De voir mourir le pauvre,
Tué par la misérable!

Mais, par la justice de Dieu,
Sa femme meurt aussi subitement !
Un voisin court
Au champ, pour en avertir son mari.

- Ne vous fâchez pas de la nouvelle,
Votre femme est morte sur le seuil de sa porte ! -
- Mon ami, je vous remercie,
Allons à la maison, pour l'ensevelir. -

III

A minuit devait se faire l'enterrement,
Et ils se préparèrent en toute hâte.
On attela trois chevaux à la charrette,
Pour la porter en terre.

Mais ils avaient beau tirer de leur mieux,
Ils ne pouvaient la déplacer.
Au lieu de trois, on en attela six,
Et la charrette ne bougeait toujours pas.

On en attela sept,
Et elle ne bougeait pas encore !
Les prêtres arrivèrent,
Et ils dirent qu'il fallait voir.

On ouvre le cercueil,
Et on n'y trouve rien;
On n'y trouve rien,
Si ce n'est un barbet noir et un chat!

Alors un coup de tonnerre se fit entendre
Au-dessus de la charrette, qui la fit trembler
Et réduisit tout en cendres,
Sans faire de mal aux gens ni aux chevaux!

Il a renversé des églises
Et des navires, sur la grande mer,
Si bien qu'ils ont perdu la vie
Tous les chrétiens qui s'y trouvaient.

Je vous prie, vous tous qui mettez du blé,
De réfléchir à ce que vous avez entendu :
Ce n'était pas Dieu qui punissait,
Mais c'était le diable qui emportait son âme !


(1) Je ne sais pas si j'ai bien compris ce couplet, dont le texte doit étre altéré.
(2) [Note de Luzel] Mesure dont je ne connais pas la capacité. [Information de Kristen Tonnelle] bigoded = picotins (sur Wikipedia, définition : (Vieilli) Mesure dont on se servait pour l’avoine que l’on donne aux chevaux et qui valait environ deux litres et demi.)


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Luzel a recueilli les paroles de cette version auprès d'une vieille mendiante de Gurunhuël.
Air recueilli par Duhamel auprès de Maryvonne Nicol, Plougastel