I

Poularfeunteun a lavare
D'an aotrou Bistigo, un deiz:
- Pelec'h ez oc'h bet, pe ez aet,
Pe ho peus esper da vonet? -

- Oh! me a ya du-mañ d'ar stal,
Da dibab etof inkarnal,
Dantelez aour ha re arc'hant,
D'am fennherez, ur plac'hig koant. -

- Mar oufec'h ar pezh ouzon-me,
Birviken habit na defe:
Hounnezh 'deus graet ur bugel-koar,
D'ho lemel diwar an douar!

Teir gwech an deiz e vez tommet,
Teir gwech an deiz e vez broudet,
Ha n'hen brouder gwech gant spilhoù,
Aotrou, na divezr ho teizioù ! -

- Poularfeunteun, din-me lâret,
Pelec'h 'z eo 'r bugel badeet ?
- Badeet eo ar bugel-koar
En iliz-vras a Landregar;

En iliz-vras a Landregar,
Eus heol hag eus gouloù al loar!
- Poularfeunteun, din-me lâret,
Ar gomperien, piv ez int bet? -

- Ho mevel-bras eo ar c'homper,
Ar vatezh-vihan ar gommer.
- Poularfeuteun, din me lâret,
Piv 'n eus ar bugel badezet? -

- Ma 'z eo ur belegig yaouank,
Evit kaout ur sommig arc'hant,
Pevar-c'hant skoed en arc'hant gwenn,
Ha kement-all en aour melen.

Pevar-c'hant skoed en arc'hant-gwenn,
Ha kement-all en aour-melen,
En deus bet ar beleg yaouank,
Evit ober ar vadeziant. -

II

'N aotrou Bistigo, pa glevas,
D'ar gêr ac'hane 'retornas;
D'ar gêr 'c'hane eo retornet,
Ha d'e bennherez 'n eus lâret

- Roet din m' merc'h, ho alc'houeoù,
Teodoù an dud 'zo diaouloù. -
- Alc'houez an armel 'm eus kollet,
Alc'houez ma c'houfr a zo torret;

Alc'houez ma bahutig bihan,
Me hen karrie en kreiz an tan! -
'N aotrou Bistigo, pa glevas,
En un hachig vihan 'grogas;

'N un hachig pennek 'z eo kroget,
Ar bahut-bihan 'n eus torret;
Ar bahut-bihan 'n eus torret,
Ar bugel-koar en eus kavet.

Hen da retorn 'darre en kêr,
Da glask jendarmed d'he c'homer.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

III

Kriz a galon nep na ouelje
En Landreger nep a vije
'Welet pevar c'horf 'leskiñ en tan,
Ar c'hleier o son o-unan !

'N aotrou Bistigo 'ouele tenn,
Hag a denne 'r blev eus e benn,
'Welet e bennherez 'leskiñ,
Ha n'en doa bugel nemeti! -

IV

Na ma karje Landregeriz
Alc'houezañ kloz dor o iliz,
Na vije ket ur bugel-koar
Bet badezet en skeud al loar!



Le sujet


L'ENFANT DE CIRE.

SECONDE VERSION.


Poularfeunteun disait,
Un jour, à monsieur Bistigo:
- D'où revenez-vous, où allez-vous,
Où espérez-vous aller? -

- Je vais là-bas, à la boutique,
Pour choisir de l'étoffe écarlate,
Avec de la dentelle d'or et d'argent,
Pour ma penhérès, la charmante fille. -

Si vous saviez ce que je sais, moi,
Jamais plus vous ne lui achèteriez d'habit
Celle-là a fait un enfant de cire,
Pour vous ôter de dessus la terre !

Trois fois par jour on le réchauffe,
Trois fois par jour on le pique;
Et chaque fois qu'on y enfonce des épingles,
Monsieur, vos jours diminuent ! -

- Poularfeunteun, dites-moi,
Où l'enfant a-t-il été baptisé ?
- Il a été baptisé, l'enfant de cire,
Dans la grande église de Tréguier;

Dans la grande église de Tréguier,
Au soleil et à la lumière de la lune! -
Poularfeunteun, dites-moi,
Qui ont été les compères? (le parrain et la marraine). -

- Votre premier valet est le compère,
La petite servante est la commère.
- Poularfeunteun, dites moi,
Qui a baptisé l'enfant? -

- C'est un jeune prêtre,
Pour avoir une somme d'argent,
Quatre cents écus en argent blanc,
Et autant en or jaune.

Quatre cents écus, en argent blanc
Et autant en or jaune,
A eu le jeune prêtre
Pour faire le baptème. -

II

Monsieur Bistigo, à ces mots
S'en retourna à la maison;
Il s'en est retourné à la maison,
Et a dit à sa penhérès :

- Ma fille, donnez-moi vos clefs,
Les gens ont des langues de diables,
- La clef de mon armoire, je l'ai perdue,
La clef de mon coffre est cassée -

Et la clef de mon petit bahut,
Je voudrais la voir au milieu du feu ! -
Monsieur Bistigo, entendant cela,
Saisit une petite hache;

Il a saisi une hache à tête,
Et a mis en morceaux le petit bahut;
Il a mis en morceaux le petit bahut,
Et l'enfant de cire a été découvert.

Et aussitôt de retourner en ville,
Chercher les gendarmes pour prendre sa fille
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

III

Dur eût été le coeur de celui qui n'eût pleuré,
Etant dans la ville de Tréguier,
En voyant quatre corps brûler dans le feu,
Pendant que les cloches sonnaient d'elles-mêmes !

Monsieur Bistigo pleurait dru,
Et s'arrachait les cheveux,
En voyant brûler sa penhérès,
Car il n'aimait d'autre enfant qu'elle !

IV

Si voulaient les habitants de Tréguier
Tenir bien closes les portes de leur église,
Un enfant de cire n'y aurait pas
Eté baptisé au clair de la lune ! (1)

Chanté par Marguerite PHILIPPE, mendiante estropiée de la commune de Pluzunet. - 1867.

(Note de Luzel) (1) Il s'agit dans ces deux ballades, assez difficiles à trouver aujourd'hui, d'un envoûtement, superstition très-répandue dans le moyen-âge. La première version m'a été communiquée par mon ami M. Prosper Proux, l'auteur si original de l'excellent recueil Bombard Kerne, populaire dans nos campagnes. Il l'a recueillie à Plouigneau, dans les environs de Morlaix. On remarquera que les rôles sont en partie changés dans la seconde version. La nourrice disparaît pour faire place à monsieur Poularfeunteun, et monsieur Penfeunteun, de la première version, devient monsieur Bistigo.

Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868