I
Kriz vije 'r galon na ouelje,
'R ger a Razon nep a vije,
O welet Annaïk Kozik
O vont d'ar prison etre tri ;

O vont d'ar prison etre tri,
'R bugel 'n ur baner dira-z-hi,
Ha ma lavare, dre ma 'z ee :
- Ar bugel-ze n'eo ket d'in-me ! -

II
Annaïk Kozik a lare
'N tal ar steir d'hi mamm, un dez oe :
- Ma mammik paour, d'in-me laret,
Na kanna ho tillad a ret ?

- Kanna ma dillad, gwenn 'vel erc'h,
Petra 'c'h euz a newez, ma merc'h ?
- Ma mammik paour, mar am c'hredet,
Ho tillad aze a lezfet ;

Me 'zo deut d'ho pedi m' mamm, m' zad,
Da vont ewit-on d'ar Folgoat,
Diarc'henn, dilour war ho troad,
Ma klewo 'r Werc'hes ho mennat.

En distro, dre Razon 'teufet,
C'hui 'welo glaou ha ludu gret ;
C'hui 'welo glaou ha ludu gret,
Euz ar galonik 'c'h euz ganet ! -

- Na pez torfed oc'h euz-c'hui gret,
Mar gwelann glaou ha ludu gret;
Mar gwelann glaou ha ludu gret
Euz ar galonik 'm euz ganet ! -

- Ar gouarneres euz ann ti
Lec'h ma oann-me o serviji ;
Lec'h ma oann-me o serviji,
Oa mignoned 'nn aotro hag hi ;

Ha pa oann em gwele kousket,
Ur bugel-bihan deuz ganet ;
Ganin em gwele deuz-han laket,
Klasket 'r justiz d'am c'homerret ;

Klasket 'r justiz d'am c'homerret,
M' oun 'n prizon Razon dastumet. -
- Penaoz 'n prizon Razon dastumet,
Pa 'z oc'h deut ama d'am gwelet ! -

- Dre c'hraz ar Werc'hes benniget,
Dont aman m' mamm, am euz gallet ;
Dre c'hraz ar Werc'hes benniget,
A zo em flaz en em laket !

- Ma merc'h, me ielo d'ar Folgoat,
Diarc'henn, dilour ha war-droad ;
Diarc'henn, dilour ha war-droad,
Ma klewo 'r Werc'hes ho mennat. -

III
Bourrew Razon a lavare
Diwar ar chaffot, un dez oe :
- Tud-a-justiz, em aretet,
Hag c'hui pe me 'zo bet manket ;

C'hui pe me a zo bet manket,
'R feumeulenn-ma na varwfe ket !
Bet on ter-gwes war hi diou-skoa,
Nemet c'hoarzin ouzin na ra !

Nemet laret d'in : - C'hoas ur wes,
Wit plijout d'ar gompagnunes ! -
- Annaïk Kozik, d'in laret,
Petra c'hoarve na varwfeac'h ket ? -

- Ur goulmik wenn 'zo dreist ma fenn
A virr ma zaga gant kordenn :
'Nn itron Varia ar Folgoat
0c'h ober skabell 'dann ma zroad ! -

Annaïk 'c'hane oe lemmet,
Gwisket d'eï inviz rousinet,
Hag en kreiz un tantad taolet :
Ann tan diout-hi daou-anteret !

Annaïk Kozik a lare
'N kreiz tre ann daou den, en de-se :
- Me well arru 'r gouarneres,
Hag hi ker kaer hag ur brinses !

Lakit-hi em flaz, hag 'welfet
Pe hi pe me 'zoug ar pec'het ! ... -
P' arru 'r gouarneres en dachenn ,
A lamm ann tan en hi barlenn,

- Itron Varia ann Drinded,
Me n'on ket anter bunisset ;
Me n'on ket anter bunisset,
Ha tamal d'un all ma fec'het ! -
I
Dur eût été le cœur de celui qui n'eût pleuré,
S'il avait été en la ville de Rennes,
En voyant Anne Cozic
Allant en prison entre trois.

Allant en prison entre trois,
Précédée d'un enfant dans un panier,
Et elle disait, tout en marchant :
Cet enfant n'est pas à moi !

II
Anne Cozic disait
Un jour à sa mère, auprès de la rivière :
- Ma pauvre mère, dltes-moi,
Vous êtes à laver vos vêtements ? -

- A laver mes vêtements, blancs comme la neige,
Que vous est-il arrivé de nouveau, ma fille ? -
- Ma pauvre mère, si vous m'en croyez,
Vous laisserez là vos vêtements ;

Je suis venue vous prier, ma mère et mon père,
D'aller pour moi au Folgoat
Sans chaussure, sans bas et à pieds,
Pour que la Vierge exauce votre prière ;

Au retour, vous reviendrez par Rennes
Et vous verrez réduit en charbon et en cendres ;
Vous verrez réduit en charbon et en cendres,
Le petit cœur que vous avez mis au monde ! -

- Et quel crime avez-vous commis,
Si je dois voir réduit en charbon et en cendres ;
Si je dois voir réduit en charbon et en cendres,
Le petit cœur que j'ai mis au monde ? -

La gouvernante de la maison
Où j'étais à servir ;
De la maison où j'étais à servir,
Etait l'amie du maître ;

Et pendant que je dormais dans mon lit,
Elle donna le jour à un enfant ;
Elle le mit avec moi dans mon lit,
Et fit chercher la justice, pour me prendre ;

Elle fit chercher la justice pour me prendre,
Et on m'a renfermée dans la prison de Rennes. -
- Comment pouvez-vous être renfermée dans la prison
Puisque vous êtes venue ici me voir ? [de Rennes,

- C'est grâce à la Sainte-Vierge,
Ma mère, que j'ai pu venir ici ;
Par la glace de la Sainte-Vierge,
Qui s'est mise en ma place ! -

- Ma fille, j'irai au Folgoat,
Sans chaussure, sans bas et à pied ;
Sans chaussure, sans bas et à pied,
Pour que la Vierge écoute votre demande ! -

III
Le bourreau de Rennes disait,
Un jour, du haut de l'échafaud :
- Gens de la justice, arrêtez-vous,
Car vous ou moi nous nous sommes trompés ;

Vous ou moi nous nous sommes trompés,
Car cette femme ne meurt pas !
J'ai été trois fois sur ses épaules,
Et elle ne fait que me sourire !

Elle ne fait que me dire : encore une fois,
Pour faire plaisir aux spectateurs !
- Anne Cozic, dites-moi,
Qu'est-ce qui est cause que vous ne mourez pas ? -

- Une petite colombe blanche est au-dessus de ma tête, -
Qui empêche la corde de m'étrangler ;
Notre Dame du Folgoat
Me sert d'escabeau sous mes pieds !

Anne fut ôtée de là,
Et on lui revêtit une chemise enduite de résine,
Puis on la jeta au milieu d'un grand feu :
Le feu s'est fendu en deux, en s'écartant d'elle !

Anne Cozic disait
Ce jour-là, entre deux hommes :
- Je vois venir la gouvernante,
Belle comme une princesse !

Mettez-la à ma place et vous serrez
Si c'est elle ou moi qui a commis le péché ! ... -
Quand la gouvernante arriva dans la plaine,
Le feu s'élança dans son sein !

- Notre dame de la Trinité,
Je ne suis pas punie la moitié assez ;
Je ne suis pas punie la moitié assez,
Et charger une autre de ma faute ! -



Le sujet


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Source

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Chanté par Garandel, surnommé "compagnon l'aveugle", Keramborgne, 1847

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel ; air recueilli auprès de Maryvonne Nicol, de Plouguiel