I

P' oa ann ter Vari o wriet,
En jardin-vraz ar Pradennec,

Arruaz 'nn aotro sant Iann gant-he,
Da anonz d'he kezlo-newe.

- Ha demad d'ac'h-dhui, ma moereb,
N' 'c'h euz ket gwelet Zalwer ar bed ? -

- Aotro sant Iann, c'hui oa gant-han,
Hag a dle goud pe-lec'h eman. -

- Aboe dirio da greiz-de
N''am euz klewet d'ez-han doare. -

Ar Werc'hes Vari, pa glewaz,
Ter-gwes d'ann douar a goezaz : -

- Tawet, moereb, na oelet ket,
Me ielo d'hen klask, mar be red ;

Me dalc'ho da vale, noz-de,
Ken am bo kavet map Doue. -

II

P' oa 'nn ter Vari 'vont gant ann hent,
Hi o rankontr ur mâl iaouank :

- Demad d'ac'h, 'me ar mâl iaouank,
'R zalut 'zo bepred ekselant ;

'R zalud 'zo bepred ekselant,
Kerkoulz da goz 'vel da iaouank.

Pelec'h ez et, pelec'h oc'h bet,
Pe ho euz esper da vonet?

Me 'zo 'retorn euz ar menez,
Bet 'welt sevel 'r c'halvar newez ;

O welt sevel ur c'halvar koad,
Wit krusifia Doue 'r map. -

Ar Werc'hes Vari, pa glewaz,
Ter-gwes d'ann douar a goezaz ;

Ter-gwes d'ann douar eo koezet,
'R mâl iaouank 'n euz hi goureet.

- Pe c'hui a c'hoerz, pe c'hui 'ra goab,
Pe 'ra da Vari kalonad ? -

- Me na c'hoerzann, me na ran goab,
N' ran ket da Vari kalonad. -

III

- Lavaret d'in-me, c'hui Pilat,
Pini ann tri-z-hont eo ma mab ? -

- 'Nn hini 'zo 'rok gant 'r groaz vrasa,
Bigno d'ar menez da genta,

A zo komerret 'neizour-noz,
Gant golo-sklezr, leterniou-kloz.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

- Kasset ar vroeg-se al lec'h-se,
Kreski ma foaniou 'ra d'in-me. -

- Perag' lares groeg euz da vamm ?
Krenv eo ma c'halon pa na rann !

Krenv eo ma c'halon pa na rann,
Klewet m' mab' laret groeg d'he vamm !

Diskennet ma mab, euz ar groaz,
'Wit m'hen maillurinn ur wes c'hoaz.

- Deut ama d'in ur mouchouer,
Ma torchinn ma goad, a diver.

Dalet, ma mamm, ar mouchouer
Eman en-han goad ar Zalwer ;

Ha na et ket d'ar stang gant-han,
Rag goad hon Zalwer 'zo en-han ;

Eman en-han ar vadeziant,
Ann nouenn hag ar zakramant ;

Rag eman en-han ann nouenn,
Prest da reï d'ann nep hi goulenn !

IV

P' oa 'nn ter Vari 'vont gant ann hent,
Hi o rankontr ur plac'h-iaouank.

- Dalet, plac'h-iaouank, 'r mouchouer,
Eman en-han goad hon Zalwer ;

Eman en-han ar vadeziant,
Ann nouenn hag ar zakramant ;

Eman en-han sur ann nouenn,
Prest da reï d'ann nep hi goulenn ;

Ha na it ket d'ar stang gant-han,
Rag goad hon Zalwer 'zo en-han. -

V

Ar plac'h-iaouank n' deuz ket sentet.
(Kalz a re-all na reont ket),

D'ar stang gant-han hi a zo et,
Ar stang gant-hi 'zo dizec'het ;

Ar stang gant-hi 'zo disec'het,
Hon Zalwer 'zo apariset ;

Hon Zalwer a aparisaz,
'R mouchouer digant-hi 'lemaz :

- Dama, plac'h iaouank, 'r mouchouer
Eman en-han goad ho Salwer :

Pa oa 'r mouchouer d'ac'h roèt
Dor 'nn ifern 'dan-oc'h 'poa serret ;

Dor 'nn ifern 'dan-oc'h 'poa serret,
Dor 'r baradoz uz d'ac'h digorret :

P'eo 'r mouchouer digant-oc'h lemet,
Dor 'nn ifern 'dann ho treid 'zo digorret ;

Dor 'nn ifern 'dann ho treid 'zo digorret,
'R baradoz uz d'ho penn serret !

Adieu, plac'h iaouank, kenavo,
Joa ar baradoz, pe war-dro ! -


Le sujet

LES TROIS MARIE.


I

Pendant que les trois Marie étaient à coudre
Dans le grand jardin de Pradennec,

Monsieur saint Jean vint les trouver,
Pour leur annoncer une nouvelle.

- Bonjour à vous, ma tante,
N'avez-vous pas vu le Sauveur du monde ? -

- Monsieur saint Jean , vous étiez avec lui,
Et vous devez savoir où il est. -

- Depuis jeudi, à midi,
Je n'ai pas eu de ses nouvelles. -

Quand la Sainte-vierge entendit cela,
Elle tomba trois fois à terre :

- Consolez-vous, ma tante, ne pleurez pas,
J'irai le chercher, s'il le faut ;

Je marcherai nuit et jour,
Jusqu à ce que j'aie retrouvé mon Dieu. -

II

Comme les trois Marie étaient en route,
Elles rencontrèrent un jeune homme :

- Bonjour à vous, dit le jeune homme,
Le salut est toujours une bonne chose ;

Le salut est toujours une bonne chose,
Pour les vieux comme pour les jeunes.

Où allez-tous, ou avez-vous été,
Où comptez-vous aller ?

Moi, je reviens de la montagne,
Où j'ai été voir dresser un nouveau calvaire ;

J'ai été voir dresser un calvaire nouveau,
Pour crucifier Dieu le fils. -

La Sainte-vierge, en entendant cela,
Est tombée trois fois à terre ;

Elle est tombée trois fois à terre,
Et le jeune homme l'a relevée.

- Voulez-vous plaisanter, ou vous moquer,
Ou navrer le cœur de Marie? -

Je ne plaisante, ni me moque,
Ni ne veux navrer le cœur de Marie.

III

- Dites-moi, vous Pilate,
Lequel de ces trois est mon fils ? -

- Celui qui est devant, avec la plus grande croix,
Et qui montera le premier sur la montagne ;

Il a été arrêté la nuit dernière,
Avec de la lumière dans des lanternes closes. -
. . . . . . . . . . . . . . .

- Eloignez de là cette femme,
Car elle augmente mes peines. -

- Pourquoi appelles-tu ta mère femme ?
Fort est mon coeur, puisqu'il ne se brise !

Fort est mon coeur, puisqu'il ne se brise,
En entendant mon fils appeler sa mère femme !

Descendez mon fils de la croix,
Pour que je l'emmaillote une fois encore. -

- Donnez-moi un mouchoir,
Pour essuyer mon sang qui ruisselle.

Tenez, ma mère, prenez ce mouchoir,
Qui contient le sang du Sauveur ;

Et n'allez pas le laver à l'étang,
Car il contient le sang du Sauveur ;

Il contient le baptême,
Et le sacrement de l'extrême-onction ;

Il contient le sacrement de l'extrême-onction,
Tout prêt pour qui le demandera ! -

IV

Quand les trois Marie étaient en chemin,
Elles rencontrèrent une jeune fille.

- Tenez, jeune fille, prenez ce mouchoir,
Qui contient le sang de notre Sauveur ;

Qui contient le baptême
Et le sacrement de l'extrême-onction ;

Il contient le sacrement de l'extrême-onction,
Tout prêt pour qui le demandera.

Mais n'allez pas avec lui à l'étang,
Car il contient le sang de notre Sauveur !

La jeune fille n'a pas obéi
(Beaucoup d'autres ne le font pas),

Elle est allée à l'étang avec le mouchoir,
Et l'étang s'est desséché !

L'étang s'est desséché,
Et notre Sauveur lui est apparu ;

Notre Sauveur lui est apparu
Et lui a repris le mouchoir :

- Donnez, jeune fille, ce mouchoir
Qui contient le sang de votre Sauveur.

Quand ce mouchoir vous fut donné,
Vous aviez fermé la porte de l'enfer sous vous ;

Vous aviez fermé la porte de l'enfer sous vous,
Et ouvert la porte du paradis sur votre tête :

Maintenant que le mouchoir vous est enlevé,
La porte de l'enfer s'ouvre sous vos pieds ;

La porte de l'enfer s'ouvre sous vos pieds,
Et celle du paradis se referme sur votre tête !

Adieu, jeune fille, au revoir,
Dans la joie du paradis, ou aux environs !


Source

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868

Luzel a recueilli les paroles de cette version auprès de Marie Audern, du bourg de Pluzunet, en 1867.
Air recueilli par Duhamel auprès de Maryvonne Bouillonnec, de Tréguier