I
Bars ar Gerwenn ez euz glac'har,
Mar euz nep-lec'h war ann douar,
Balamour d'ar Gouarneres,
A zo em gavet dougeres.

Ar gouarneres a lare
Ha d'ann aotro, un dez a oe :
- 'Ma 'r vates-vihan 'n hi gwele,
Ur bugelik euz hi c'hoste ;

Ur bugelik euz hi c'hoste,
Ur gontel-noaz 'n penn ar gwele ! -
Dre 'r finessez euz ar merc'hed
Hi linselliou a deuz chanjet ;

Hi linselliou a deuz chanjet,
D'ar vates ho deuz-hi laket.
'Nn aotro 'r Gerwenn, vel ma klewas,
Da gaout ar justiz mont a reas.

'Nn aotro 'r Gerwenn a lavare
Da dut ar justiz, un dez oe :
Tud ar justiz, em breparet,
Ganin fenoz renket donet.-....

II
Ann dut a justiz a lare,
Ebars ann ti, pa arrue :
- Mates-vihan , em breparet ,
Ganimp fenoz renket donet.

Itron Varia ann Drindet,
Pez torfed am euz-me ta gret ;
Pez torfed am euz-me ta gret,
Mar eo ganec'h vo red monet ? -

Ar vates-vihan 'c'houlenne,
'N toull-dor hi mamm pa dremene :
- Ge eo ho kalon, pa ganet,
Hini ho merc'h allas ! n'eo ket. -

- Ma merc'hik paour, d'in-me laret,
Petra ho rent ken kontristet ? -
- Allas ! ma mamm, n'hen larinn ket,
A-benn ar finn 'vi gouvezet.

Ho pedi rann, ma mamm, ma zad,
Da vonet wit-on d'ar Folgoat,
Diarc'henn, dilour, war ho taou-droad ,
War ho taoulinn-noaz ur pennad. -

- Penaos 'z iafenn di penn-da-benn,
Pa n'ouzonn hent na gwennojenn ?
- Gwerz un anouer-bloa 'm euz gwestlet,
Hag ho rento 'n toul ar porchet ;

Hag en distro, deut dre Razon,
C'hui ho po glac'har 'ho kalon ,
Pa wellfet ludu ha glaou gret
Euz ar galonik 'c'h euz maget !

Lest ho kouez 'c'hann da diziou,
C'hui a gavo ludu ha glaou ;
C'hui gavo ludu ha glaou gret
Euz ar galon oc'h euz maget !

- Ma merc'h, pez torfed oc'h euz gret,
Pa 'z eo d'ann tan ez oc'h barnet ?
- Allas ! ma mamm, na larinn ket,
A benn ar finn vezo gwelet !

III
Kriz vije 'r galon na oelje
En ker Razon nep a vije,
'Welt 'r vates-vihan 'n kreiz ar flamm,
N'euz ket en hi c'halon estlamm !

Ann dut-a-justiz c'houlenne
Euz Janedik eno neuze :
- Janedik, d'imp-ni lavaret
Petra 'zo kaos na zewet ket ?

Hag ar bourrew a lavare
Da dut ar Justiz, p'ho c'hlewe :
- Bet on ter gwes war hi diou-skoa,
Nemet c'hoarzin ouzin na ra -

- 'Nn Itron-Varia a C'houlvenn
A skoulm hi diou-vrec'h em c'herc'henn ;
'Nn Itron-Varia ar Folgoat
'Zo skabell indann ma zaou-droad.

- Kassomp-hi d'ar fagodiri,
Soufr hag alun lakit out-hi ;
Soufr hag alun lakit out-hi,
Ha ni deui a-benn ann-ezhi ! -

Kriz' vije 'r galon na oelje,
'R fagodiri nep a vije,
O welet Janet 'n kreiz ar flamm,
N'euz ket 'h hi c'halon a estlamm !

- Na Janedik, d'in lavaret,
Petra 'zo kaos na varwfeac'h ket ? -
Aotro 'r Gerwenn, me varwfe eaz,
Ma welfenn ho kouarneres ! -

N'oa ket hi gir peurlavaret,
'N trezeg ar ger hen a zo et ;
- Gouarneres em breparet,
Ganin-me a renket donet. -

'R vates-vihan na varwfe ket,
A-rok ma defo ho kwelet. -
- N'oamp ket ker braz mignonesed,
Na varwfe 'walc'h hep ma gwelet ! -

Pa 'z arru en tal ann tanted,
Oh ! ia, treuz un dewez-aret,
Ur fulenn-dan zo distrinket.
Ar c'houarneres zo paozet.

'Nn aotro 'r Gerwenn, vel ma welaz,
War he zaoulin hen em strinkaz ;
War he zaoulin hen em strinkaz,
Da c'houll ouz-hi pardon ha graz.

- Wit euz ar groug ho pardonann,
Met euz an tan, bikenn na rann,
Mar na deu 'r groaz hag ar banier
Da glask 'r vates-vihan d'ar ger.
I
A la Villeblanche il y a de la douleur,
S'il en est quelque part au monde,
A cause de la gouvernante,
Qui s'est trouvée enceinte.

La gouvernante disait
Un jour à monsieur de La Villeblanche :
- La petite servante est dans son lit,
Avec un petit enfant à son côté ;

Avec un petit enfant à son côté,
Et un couteau nu à la tête du lit ! -
Par une finesse de femme,
Elle (la gouvernante) a changé ses draps de lit ;

Elle a changé ses draps de lit,
Et les a mis à la petite servante.
Monsieur de La Villeblanche, en entendant cela,
Alla trouver la justice.

Monsieur de la Villeblanche disait
Un jour aux gens de la justice :
- Gens de la Justice, préparez-vous,
Il vous faut venir avec moi, ce soir. . . . . -

II
Les gens de la justice disaient,
En arrivant dans la maison :
- Petite servante, préparez-vous,
Il vous faut venir avec nous, ce soir. -

- Notre-Dame Marie de la Trinité,
Quel crime ai-je donc commis ;
Quel crime ai-le donc commis,
S'il me faut aller avec vous ? -

La petite servante demandait,
En passant devant la porte de sa mère :
- Votre cœur est gai, puisque vous chantez,
Hélas ! celui de votre fille ne l'est pas. -

- Ma fille chérie, dites-moi,
Qu'est-ce qui vous cause de la tristesse? -
- Hélas ! ma mère, je ne le dirai pas,
Mais avant la fin on le saura.

Je vous prie, ma mère et mon père,
D'aller pour moi au Folgoat,
Sans chaussure, sans bas, à pied,
Sur vos genoux nus, si vous pouvez résister. -

- Et comment aller jusque-là ?
Je ne connais ni chemin ni sentier. -
J'ai voué le prix d'une génisse d'un an,
Et vous serez conduite jusqu'à l'entrée du porche :

Et en revenant, passez par Rennes,
Et votre coeur sera navré,
En voyant réduit en charbon et en cendres
Le petit coeur que vous avez mis au monde !

Laissez votre lessive, jusqu'à jeudi,
Vous trouverez du charbon et de la cendre ;
Vous trouverez réduit en charbon et en cendres
Le coeur que vous avez mis au monde ! -

- Ma fille, quel crime avez-vous commis,
Pour avoir été condamnée au feu ?
Hélas ! ma mère, je ne dirai rien,
Mais pour la fin on verra. -

III
Dur eût été le coeur de celui qui n'eut pleuré,
Etant dans la ville de Rennes,
En voyant la petite servante au milieu des flammes,
Sans que son coeur éprouvât de frayeur !

Les gens de la justice demandaient
A Jeanne, en ce moment :
- Jeanne, dites-nous,
Ce qui est cause que vous ne brûlez point. -

Et le bourreau disait
Aux gens de la justice, en les entendant :
- J'ai été trois fois sur son épaule,
Et elle ne fait que me sourire ! -

- Notre-Dame Marie de Goulven
Noue ses bras autour de mon cou ;
Notre-Dame Marie du Folgoat
Me sert d'escabeau sous mes pieds. -

- Conduisons-la au bûcher,
Et l'enduisons de soufre et d'alun ;
Enduisons-là de soufre et d'alun,
Et alors nous en viendrons à bout. -

Dur eut été le coeur de celui qui n'eût pleuré,
Etant auprès du bûcher,
En voyant Jeanne au milieu des flammes,
Sans que son coeur éprouvât de frayeur !

- Jeanne, dites-moi
Ce qui est cause que vous ne mourez point ? -
- Monsieur de La Villeblanche, je mourrais facilement,
Si je voyais votre gouvernante ! --

Elle eut à peine dit ces mots;
Qu'il se dirigea vers la maison : .
- Gouvernante, préparez-vous,
Car il vous faut venir avec moi .

La petite servante ne veut pas mourir
Avant de vous avoir vue -
- Nous ne sommes pas tellement amies
Qu'elle ne puisse mourir sans me voir ! -

Quand elle arriva auprès du bûcher,
Oui, à la distance d'un journal de terre,
Une étincelle a jailli,
Et la gouvernante a été brûlée.

Monsieur de La Villeblanche, en voyant cela,
Se jeta à genoux ;
Il se jeta à genoux
Pour demander à Jeanne pardon et grâce.

- Pour ce qui est de la potence, je vous pardonne:
Mais pour ce qui est du feu, je ne vous pardonnerai jamais,
A moins que la croix et la bannière
Ne viennent me chercher, pour me conduire à la maison



Le sujet


Voir la traduction


Source

Paroles extraites des "Gwerziou Breiz-Izel", de François-Marie Luzel, publié en 1868
Chanté par Marie-Anne Le Noan, de Duault

Musique dans "Musiques bretonnes", de Maurice Duhamel. Chanté par Mme Queneder, de Carhaix